lundi 24 octobre 2022


Traduction : Isabelle Reinharez

Un jour, tu apprendras que les ennuis n’ont pas grand mal à te trouver sans que tu les invites à entrer.

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Un an après son départ pour le Brésil, Serena, personnage emblématique de l’œuvre de Ron Rash, revient dans les Great Smoky Mountains.

 Selon le contrat qui la lie à la compagnie de Brandonkamp, tous les arbres de la dernière parcelle qu’elle possède aux États-Unis doivent être abattus avant la fin de juillet. Il ne reste que trois jours. La pluie incessante qui fait de ce flanc de montagne un véritable bourbier, les serpents impitoyables, l’épuisement des bûcherons en sous-effectif rendent la tâche presque impossible. 

La « Lady Macbeth des Appalaches » sera-t-elle à la hauteur de sa sinistre réputation ?

Autour de ce diamant noir, six nouvelles âpres mais traversées d’éclairs d’un humour parfois grinçant disent la vie rude et privée d’horizon des enfants oubliés de l’Amérique que sont les habitants de cette contrée.

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J’ai une relation ambigüe avec Ron Rash. Cet homme a tout pour être un de mes auteurs préférés. Il est un des inspirateurs de cette littérature des Appalaches, des laissés pour comptes magnifiques et sordides. Il a ouvert la voie à David Joy voire Donald Ray Pollock et ces deux-là...

L’honnêteté me pousse à avouer que je suis partagé quant à son œuvre. J’aime un livre sur deux. De ce que j’en ai lu. Évidemment, à moins de faire preuve d’une insigne mauvaise foi (et c’est dans mes cordes), je ne nie pas le talent de Ron Rash mais je ne sais pas... Il flotte comme un goût de rendez-vous manqué.

Je ne suis pas un adorateur de son œuvre la plus connue, Serena. On me rétorque le personnage de femme forte et qu’il n’y en pas tant dans la littérature. Hum... Il n’y en a pas tant, vraiment ?  Serena, forte, vraiment ? Cette Lady McBath qui s’effondre et tombe en hystérie quand elle apprend la trahison de son hommeuu ? Oui il y d’autres péripéties mais :

  • Un : je ne veux pas dévoiler éhontément
  • Deux : j’ai dit que c’était dans mes cordes.

Les retrouvailles avec Serena m’enthousiasmaient donc autant qu’une énième origine story d’un super slip en latex moulant.

Serena n’est qu’une ombre dans cette novella, planante et menaçante. Ron Rash y exerce ce qu’il sait faire de mieux, à mon sens, sa description d’une nature insensible, qui est là et qui subit les attaques de l’homme.

Serena qui soumet la réalité à sa volonté et illustre mécaniquement la prédation à l’œuvre.

J’ai été plus convaincu, laaaargement plus, par les nouvelles qui suivent. Chacune rythmant un épisode clé du Cauchemar américain, toujours avec cette Nature indifférente à l’homme. Rash n’en fait pas un être conscient, une sorte de Gaïa omnisciente que l’on appréhenderait à coup de Om, Om Hare Krishna en boucle, dans un mysticisme new-âge foireux. Il écrit, au plus juste, que dans un monde idéal, nous nous adapterions à elle et non l’inverse.

Ces nouvelles-là sont éblouissantes de grâce acide, c’en est presque gênant, presque.

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