mardi 6 avril 2021

 


On s’en fout. On est chez nous, et on a gagné.

Un coin secret de champignons. Un tracteur en boîte de nuit. Une vierge phosphorescente. Un concert fantôme. Des chemins de sable qui serpentent entre les pins jusqu'à l'océan.

L'envie de partir et le besoin de rester...

Presqu'îles, ce sont des tranches de vie saisies au vol, tour à tour tragiques ou cocasses qui, à travers les portraits de personnages attachés de gré ou de force à un lieu, les landes du Médoc, parlent de la vie telle qu'elle est, que ce soit là ou ailleurs.

Il existe des maisons d’éditions avec lesquelles on se sent une grosse accointance. On évite d’en parler, on ménage cette indépendance d’esprit que l’on s’efforce de cultiver pour qu’elle ne soit pas une vue du même nom, de l’esprit. Mais je dois bien le reconnaître, j’aime énormément Agullo, leur charte graphique, leur façon d’aller là où d’autres ne vont pas... Alors quand j’ai appris que Agullo allait lancer une nouvelle collection, Agullo Court...

Un recueil de nouvelles qui se situent dans les landes pourra-t-il m’emporter ?  

Évacuons d’emblée l’apostille infamante de littérature de terroir. J’aime l’école de Brive, j’apprécie René Fallet et Claude Michelet.

Et quand bien même... C’est étrange. La relation forcément palpitante d’atermoiements divers situés dans un espace étroit entre le Flore et le seizième n’est pas considéré comme de la littérature dite locale. Et tant qu’on y est, Ron Rash n’est pas réduit aux Appalaches, Craig Johnson n’est pas circonscrit au Wyoming, non ?

Oui, je pense sincèrement que Lespoux est de cette trempe. Comme eux, il allie dans une écriture fiévreuse, piégeuse, faussement simple, le local et l’universel. Ses Presqu’îles sont à la fois terriblement landaises et totalement universelles. Ce besoin de racines, d’appartenir, ce va et vient entre l’acceptation et le rejet, ces traditions qui se perdent mais pas complètement, pour le pire et le pire.... Ce sont des thématiques diablement humaines, belles, sordides, tragiques et ridicules qui traversent ce formidable bouquin.

Il est difficile de ne pas être remué par l’évocation des amours adolescentes, de ne pas être emporté, par la nouvelle Une vie, de ne pas sourire (jaune) devant ces pans d’existence dérisoires et grandioses. Lespoux a une plume qui tient du scalpel quand il décrit cette façon d’être du cru, ces gens qui sont nés quelque part comme le chantait Brassens. Yan Lespoux est impitoyable... Et tendre. Il manie les contraires cet homme, il est redoutable.

C’est encore Hervé Le Corre qui en parle le mieux, lui qui conclut son éclairante préface de Presqu’îles par ces mots : « tiens, un écrivain ! »

Pas mieux.

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