jeudi 30 novembre 2017


"Quand je perds la mémoire du passé, je ne sais plus qui je suis, tandis que si je perds la mémoire du futur, je suis coincé dans le présent pour toujours. Quel sens a le présent, s'il n'y a plus ni passé ni futur? Mais que faire? Quand les rails s'interrompent, le train ne peut que s'arrêter."

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Salutations les filles.

J'aime quand un livre déjoue les pronostics. 

Quand on croit que l'on va s'enquiller un genre bien défini et que l'on se trouve à feuilleter quelque chose d'autre, moins défini, moins bordé, qui s'égare en dehors du cadre. 

Un ex-tueur en série décide de reprendre du service. Seul problème : il a soixante-douze ans et vient d’apprendre qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Sous ses dehors de vieillard inoffensif s’adonnant à ses heures perdues à la poésie et la philosophie, se cache un redoutable meurtrier qui a assassiné sans remords des dizaines de personnes. Aujourd’hui il repart en chasse alors que rôde autour de sa maison un homme qui menace de s’en prendre à sa fille adoptive bien-aimée.

S’engage alors une course contre la montre : tuer avant d’oublier qui il est, avant que la maladie n’ait raison de lui, qu’il ne devienne prisonnier d’un temps sans passé ni futur.


Kim Byeong Su est un vieux monsieur. Attendrissant par sa fragilité, on lui cède bien volontiers sa place dans le bus, on peut pousser à l'aider à traverser. 

Sans se douter que ce vétérinaire à la retraite a tué de ses mains nombre de victimes jusqu'à ce qu'un accident de voiture ne lui provoque une commotion cérébrale, lui otant toute envie de tuer.

Il profite maintenant de ces vieux jours. Papy buriné s'adonnant à la poésie et la philosophie, profitant de sa fille adoptive, il attend sereinement la mort. 

Mais un autre tueur rode, et Kim Byeong Su soupçonne le nouveau petit ami de sa fille d'être ce tueur. 

Kim Byeong Su va tout faire pour le tuer avant que sa fille ne devienne la prochaine victime. 

Il y a un léger problème. Kim Byeong Su a toutes les compétences requises pour mener à bien son projet. Mais il est atteint de la maladie d’Alzheimer. 

Court roman. Dense et machiavélique. Démoniaque dans sa construction, MA MÉMOIRE ASSASSINE est pourtant bien plus qu'un polar bien troussé. 

Articulé autour de paragraphes concis, frôlant parfois le haïku, MA MÉMOIRE ASSASSINE est un livre qui s'échappe des sentiers balisés que l'on pensait arpenter. L'on se surprend à éprouver non pas une compassion mais une empathie envers l'épreuve que traverse Kim Byeong Su. 

On assiste à un racornissement : un cerveau normalement constitué qui se rétrécit jusqu'à la taille d'une noix et c'est terrifiant.

"Les mots disparaissent. Mon cerveau me fait de plus en plus penser à un concombre de mer, gluant et percé de petits trous. Tout s'en échappe."

On ressent un certain soulagement à constater que c'est un tueur en série qui subit les affres d'Alzheimer.

Cette maladie est une immonde saloperie.

Kim Byeong Su mène une lutte dérisoire, annotant tout ce qui doit l'être et oubliant ce qu'il a annoté. On ne peut pas gagner.

"Suite à une coupure d’électricité, un père demande à son fils de lui apporter une bougie. Le fils dit : « Papa, je n’arrive pas à la trouver, il fait trop noir. », ce à quoi le père répond : « Espèce de crétin, tu n’as qu’à allumer pour la chercher.»
Cela résume bien la relation que j’entretiens avec mes médicaments. Il faut les prendre pour améliorer la mémoire, mais justement parce que je perds la mémoire, je ne peux pas les prendre."

Un bouquin saisissant qui nous cueille avec un final époustouflant. 

Derrière une histoire peut s’en cacher une autre dont le lecteur découvre qu’il n’a jamais eu les clés, précisément parce que le narrateur les avait oubliées. 

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