Back to business et revenons à l'usuel. Beaucoup de retard dans les post et du bilan à rattraper...
Commençons donc par un titre un brin trompeur, une série Pepsi Coca ? Cela pourrait donner à penser que j'en pense du caca de SENSE8.
Que nonno les filles. J'aime beaucoup SENSE8 mais elle verse un pilou dans cette patine pubesque associée aux réclames de boissons gazeuses multinationalisées.
En témoigne le (néanmoins réussi) générique de SENSE8 :
Cette série oscille en permanence au bord d'un gnananesque sirupeux mais sans jamais y céder et l'emporte en assumant sereinement une candeur, un optimisme salvateur et quelques touches d'humour.
Rappelons le pitch : 8 personnes à travers notre belle (malgré tout) boule bleue sont connectées. Elles peuvent se parler, se toucher et s'entraider. Surtout s'entraider car un méchant veut supprimer les huit. Pourquoi ? C'est un peu obscur et sera surement l'arc narratif de la seconde saison.
A vrai dire le pourquoi du comment du bouzin, on s'en cogne un peu les aminches. On kiffe surtout la découverte des 8 personnages :
SENSE8 est l'une des séries les plus chères de la télévision actuelle. Non pas en raison d'effets spéciaux de tarés ou cascades fast&furiousées mais de par son casting.
En effet, chaque protagoniste est incarné par un acteur du pays dont il est originaire et les scènes sont tournées sur place.
Ce qui fait de SENSE8 la première série réellement mondialisée si ça se trouve...
Cette recherche de véracité géographique n'occulte pas quelques clichés mais outre qu'ils sont discrets (et ma foi relèvent peut-être surtout d'une vision personnelle anti cliché qui serait justement un cliché), ils n’empêchent pas que les héros sont tous attachants et impeccablement interprétés.
On suit avec grand plaisir leur rencontre, la naissance d'une amitié, d'un amour. SENSE8 mise sur les bons sentiments et la fraternité. Et dans l'univers sériel contemporain, ce n'est pas si fréquent.
Alors frôle-t'on la guimauve ? Pit-être mais la guimauve bien dosée c'est bon et les Wachowski (les créateurs de MATRIX), qui sont aux manettes, ont la bonne distance et le bon regard.
Le personnage transsexuel de Nomi, par exemple, sonne juste et Larry Wachowski devenu Lana (que l'on aperçoit dans le générique me semble-t'il) a dû y mettre beaucoup d'elle. Ou pas.
Retour en France avec son soleil orgueilleux et la canicule afférente.
Le paradis pour certain(e)s se présente sous la forme d'une plage de sable fin... Balayée par la pluie, 20 degrés maximum sur l’échelle de Celsius au plus profond du Connemara sont pour moi ce qui pourrait avoisiner un Eden terrestre.
Rien ne m'est plus étranger que le patriotisme, même le plus inoffensivement anodin. Soutenir un pays parce que l'on a eu le hasard d'y voir le jour me semble une raison purement aléatoire Je ne suis pas non plus adepte du dénigrement systématique : "Les Français sont tous des veaux décérébrés". Que je le veuille ou non, je suis fils de l'Hexagone et en partage des valeurs communes, ce fameux "vivre ensemble" pour reprendre un néologisme crispant.
Néanmoins. Il y a le pays de sa naissance et celui de son cœur. Ils coïncident parfois. Parfois non. Je suis venu en Irlande, il y a un bon paquet d'années et ce fut un coup de tonnerre foudroyant. J'aime ce pays. La gentillesse de ses habitants , ses couleurs et même son climat. Il y pleut. Beaucoup.
Si vous kiffez le soleil, l'Irlande sera un choc thermique dépressif. Comme je ne goûte guère les joies du bronzage, me recouvrir de plaque rouge dues aux dards rayonnants de l'astre roi, me mélanomer la couenne afin d'arborer ce teint halé... Très peu pour mézigue.
Par tronque enquiller les pintes, comme un maillot jaune les performances douteuses. Cela donne à la silhouette l'allure d'un dos d'âne vertical et à ma ceinture abdominale pansue un volume acceptable digne d'un Adonis...
Mais l'Irlande c'est surtout une nature sauvage, peu densément peuplée, relativement épargnée par le tourisme bêlant et puis les pubs. Of course les pubs, noyés de bière et de musique. 'Tin la musique irlandaise. Connaissez une autre musique folklorique qui déchire autant. Z'iriez voir un concert de bourrée auvergnate au PMU du coin devant un Ricard ?
L’Irlande baigne dans la musique, le moindre musicien de rue, seul avec une guitare désaccordée enterre aisément le moindre gratouilleux du métro parisien (oui j'exagère un brin...). Je dissertais il y a peu avec des amis de nos meilleurs concerts. Nul doute que le set de ceux là, à Kilkenny devant ma pinte de Guinness, fasse parti de mes meilleurs souvenirs :
'Videmment sans le Pub, l'ambiance et les pintes accumulées. Cela perd de son charme.
On est bien sûr dans une Irlande fantasmée les aminches. J'en ai bien conscience. Un pays où tu passes tes vacances aura de grandes chances de te sembler plus riant que celui où tu trimes. Si vous voulez rester dans le mythe, vous enraciner dans l'Irlande éternelle :
Délicieux petit recueil de nouvelles (ce dont je ne suis guère friand habituellement), tout y est ! La bière qui coule à flot dans des gosiers ô combien consentants. La musique. La littérature (on trouve une librairie dans chaque hameau en Irlande ou presque). Les hommes rudes, du taiseux au volubile. Les femmes rousses au caractère bien trempée...
Ces courts récits, sautant du registre fantastique, loufoque voire plus grinçants sont un régal et font toucher du doigt l'âme irlandaise. Telle que l'on imagine. Réelle mais forcément biaisée. L’Irlande n'est pas le pays de Oui Oui roulant une pelle aux Bisounours.
Ce film a eu son lot de souffrance et a acquis son indépendance dans le sang. Si vous voulez vous faire une idée de la Lutte et du Combat, z'avez le très beau film de Ken Loach LE VENT SE LÈVE (palme d'or il me semble). Vous pouvez aussi lire le très beau diptyque de Sorj Chalandon :
L'IRA et sa confrontation implacable avec les Brittons, tout le monde se tenant férocement par les balls.
Cela fleure bon le terroir, la tourbe, les casquettes en tweed et les soirs au Pub. Et l'on se dit que le choix d'un pays de cœur est plus confortable en temps de paix.
Un style simple, limpide et direct au service d'une histoire éternelle, finalement. Très beaux livres qui donnent à comprendre que si le gris a mauvaise presse il faudrait quand même commencer à percuter qu'il se répand beaucoup plus vite en ce monde et dans nos cœurs. Le blanc et le noir c'est bon pour les pianos et les échiquiers.
On s'éloigne déjà un peu de cette Irlande rêvée, des aimables Irish à la conversation chaleureuse et aux coudes levés plus haut que l'épaule.
Ajoutons de la colère, de la rage :
Le film épr(m)ouvant de Peter Mullan (le Joe de MY NAME IS JOE de Ken Loach, again) MAGDALENE SISTERS.
Le poids phénoménal de l'Eglise catholique sur la destinée de l'Irlande. Poids réduit drastiquement ces dernières années (toutes dernières années le dernier Magdalene n'a fermé qu'en 1996 !), en témoigne le raz de marée du Oui pour le mariage homosexuel sans les manifs primesautières pour tous mais surtout pour nous qui ont égayé nos weekend du printemps. Une oeuvre âpre sur le sort inique fait aux "filles de mauvaises vies" (les mecs qui ne savent pas garder leurs pipeaux embraguettés ça va pour eux merci). Une gifle rageuse et étouffante, splendide de hargne révoltée.
Mais si voulez continuer dans l'entreprise de démystification, assaisonnant le plat d'un soupçon de littérature :
Dans un Belfast livré aux menaces terroristes, les habitants d'Eureka Street tentent de vivre vaille que vaille.
Chuckie le gros protestant multiplie les combines pour faire fortune, tandis que Jake le catho, ancien dur au cœur d'artichaut, cumule les ruptures.
Autour d'eux, la vie de quartier perdure, chacun se battant pour avancer sans jamais oublier la fraternité.
Sur la quatrième de couverture fatiguée de mon 10/18 il est noté que les habitants de Belfast devraient élever une statue à Robert McLiam Wilson.
Pas certain qu'ils l'érige cet hommage, vu que Bob les dézingue pas mal. Il débite l'Irlandais en tranche, les soirs de Pub et les buveurs de bière bourrés vomissant sur le trottoir avant d'aller cogner leurs femmes. Le conservatisme invraisemblable de l'île verte...
Ce livre est phénoménal. Il appartient à mon panthéon perso.
Ouvrez ce livre et plongez dans une mer de misanthropie tendre, d’humour noir et ravageur. Ressentez cette époque violente, incertaine, désespérée mais jamais totalement.
Bob nous rappelle que les bon gros cons sont répartis sur l'intégralité de notre boule bleue et l'Irlande ne fait pas exception (spéciale dédicace au préposé à l'accueil de l'office de Tourisme de Killarney qu'une constipation congénitale altère probablement le sens de la courtoisie la plus élémentaire).
Alors...
Alors oui il me manquerait -sans compter la famille et les aminches- les fruits, le gout de la viande au barbecue, les montagnes qui ne sont pas des collines...
Il n’empêche...Seuls (pas toutout seul quand même) au monde, battus par les vents et les embruns... Si ce n'est pas le paradis...
Oui je sais les aminches. Ce choix de vidéo amorçale peut sembler curieux. Mais outre que c'est la classe quand même le Bash' (l'une de ses plus belle chansons), AUCUN EXPRESS figure sur la playlist de Lynx, l'un des multiples héros du phénoménal roman de DOA :
Les services secrets français viennent d'entrer en possession d'une information capitale : deux fûts d'un produit dangereux et toxique ont été achetés en Syrie par un citoyen libanais vivant en France. À quelques mois de l'élection présidentielle française, les risques d'un attentat terroriste sont au plus haut.
Trois personnages vont se retrouver au centre d'une enquête mêlant de nombreux services de l'État et visant à retrouver ces deux fûts avant qu'ils ne soient utilisés : une jeune journaliste, Amel Balhimer, un espion infiltré dans un groupe terroriste, Karim Sayad (nom de code : Fennec) et enfin un agent surentraîné, nom de code : Lynx.
Le polar est noir comme un café sans sucre allongé au goudron.
le constat que fait DOA (pour Dead On Arrival, un brin coquet poseur le Doudou ?) est désespéré et amer : les services secrets c'est de la merde merdifiée. Ils ne sont pas là pour nous protéger mais pour couvrir leur coup en mouillant l'officine d'en face si possible.
Il n'y pas de révélations finales dans CITOYENS CLANDESTINS, pas de twist démentiel "l'assassin était mort et c'était la grand mère, putaaaaainnn sa mèèèère !" mais une tension permanente et un réalisme implacable. Les personnages prennent une densité rare dans ce genre de texte. Il n'y a qu'à comparer avec le navrant JE SUIS PILGRIM qui nage dans les mêmes eaux mais beaucoup moins bien : une brasse coulée arthritique face à un crawl glissant et puissant. On suit les trajectoires fracassantes des fracassé(e)s qui hantent ces pages au style sec et percutant. Le tueur au sang glacé, maître des basses œuvres et friand de sacs poubelles XXXXXXLLLLLLLLLL imperméables, la jeune journaliste idéaliste qui va vite comprendre comment ça marche et comment prendre le train du même nom et l'espion infiltré qui joue sa vie sur un fil de rasoir qui n'a plus vu sa joue depuis longtemps... CITOYENS CLANDESTINS est assez magistral dans sa constructions, un poil flippant dans ce qu'il nous montre et franchement misanthrope dans le déroulé de son histoire. Toute la question est là les aminches : peut-on faire de la bonne littérature avec des bons sentiments ? Je me doute de la réponse de DOA.