lundi 25 mai 2015

Nique la mort


Imaginons la scène les filles...

Paddy (appelons le Paddy), sort un matin brumeux et frisquet de son son  petit Homesweetome et s'en va chez son boomaker local. Car les Anglais ne sont pas seulement des marins et des négociants, ils sont aussi des parieurs. Ils parient sur tout, les résultats du foot bien sûr, en passant par les prénoms royaux et autres joyeusetés plus sombres. 

"Salut Paddy.
- Hi Eddie (appelons le Eddie)
- Alors pour aujourd'hui ?
- As usual Eddie une pinte et dix billets sur la mort du chevelu.
- Ok."

Et ainsi de suite. Les années passant. Les décades filant. 

Finalement, Eddie se tient debout devant le marbre tombal de Paddy. 

"Il t'aura bien eu cet enfoiré. Je ne l'aurai jamais cru mon vieux."

A mon avis ? 

Lui non plus...

Keith Richards n'aurais jamais cru vivre si vieux.


"I Know it's only rock'n'roll but I like it"...

Les Rolling Stones. LE groupe. Bien sûr les Beatles et leurs coupes au bol mais 'tin les Stones quand même, avant qu'ils ne deviennent cette association de vieux beaux pathétiques et bling bling. 

Un groupe cradingue qui pulsaient quand même pas mal les aminches. 

Allez ! On a tous un titre des Stones...

Ne cherchez pas l'âme des Cailloux qui roulent en Mick Jagger, petit bourgeois de la haute qui s'encanaille. Non fouinez plutôt du côté du prolo, venu d'un quartier miteux et inventeur du riff qui fit les Stones, le divin Keith Richards.

C'est la première fois que je lis l'autobio d'un rockeur. Et le bouquin de Richards est tout ce que j'en imaginais : un mélange de stupre, de scandale, de dope, de musique (surtout de musique) et de roublardise gouailleuse. 

LIFE est un mélange détonnant d'humour déconnant, de montée/descente d'acide et de mauvaise foi rigolarde. 

Déjà tout y est, pour ceux qui connaissent :

Brian Jones et son suicide qui soulagea tout le monde (grinçant mais c'est ainsi).

Atalamont, le Woodstock des Stones à ceci près que ces jeunes rockers un brin concon aux neurones en fuite décidèrent de confier le service d'ordre aux Hells Angels avec un drame à la clé.

Les relations compliquées avec Mick Jagger

Et la dope bien sûr, cette foutue dope que Keith engloutit. Avec tout ce qu'il s'est mis dans le cornet, il est impressionnant qu'il soit encore en vie. Et conscient.

Ce livre est passionnant. 

Il est rock'n'roll. Ecrit à  à 1000 à l'heure, dans un style direct et punchy. Keith Richards ne se donne pas le beau rôle mais pas le plus mauvais non plus. A vrai dire il est un brin effrayant Richards. Et drôle. Parfois même savoureux. Et souvent profond. Ça me troue ce que cela doit me trouer mais c'est ainsi. 

On le suit du jeune beau gosse. Si si souvenez vous : 



A la tronche de papier mâché, comme un brouillon récupéré dans la corbeille : 



Comme je l'aime bien mon Keith, j'ai été plutôt sympa sur cette photo là...

Des débuts donc des Stones, premier groupe à minette. Richards livre des pages saisissantes sur l'angoisse, la terreur même devant la furie de ces fans en furie. 

Puis la drogue et les descentes de flics qui vont avec. Keith Richards n'aime pas la maréchaussée : 

"J'ai jamais eu de problèmes avec les drogues, seulement avec les flics."

La musique bien sûr, l'argent qui coule non pas à flots mais un foutu déluge oui ! Et le tournant problématique des années 80.

Mais pourquoi il ne s'arrête pas Keith Richards ?

"On me demande souvent : "Pourquoi tu ne t'arrêtes pas ?" Je prendrai ma retraite quand j'aurai cassé ma pipe. Je crois qu'ils ne calculent pas vraiment ce que la musique représente pour moi. Je ne fais pas ça pour l'argent, ni pour vous. Je fais ça pour moi."

Je veux bien le croire. 

LIFE est une percutante confession, qui réussit l'exploit d'être sincère sans être tout à fait honnête. 

Alors Keith Richards, homme à la moralité douteuse parfois, un peu lâche aussi et casse cou itou. Grand guitariste ? Comme il le dit lui même : 

"Je ne suis pas le plus grand mais je suis le seul à faire ce que je fais."

C'est pas faux...



mercredi 20 mai 2015

100 Balles et Mars...

... Le dieu de la guerre !


Bonjour les filles.

Imaginez les filles, z'êtes là peinardes. Enfin. Z'avez quand même une vie brisée. Pas parce qu'on vous a piqué le dernier flan à la vanille à la cantoche. Nan. La vie foutue dans les grandes diagonales. Un tombereau de merde, une tempête de bouses, une tornade de traumas et de perte irrémédiable de tout ce qui vous rendaient dignes.

Et songez (ce ne devrait pas être trop ardu, l'humanité est ainsi faite) que vous pouviez blâmer quelqu'un en particulier, une personne précise pour votre présente tragédie...

C'est à ce moment là que surgit l'Agent Graves.

Une mallette au poignet. Et dans cette dernière les preuves irréfutables de l'implication de cette personne dans votre chute dans les sept cercles de votre damnation personnelle. 

Ainsi qu'une arme à feu non répertoriée, absente de tous les fichiers existants. Et 100 balles semblablement intraçables.

Ce n'est pas tout. Vous avez l'assurance de l'agent Graves que vous bénéficierez d'une totale impunité si vous vous servez de cette arme.

Et bizarrement vous le croyez l'agent Graves. L'Agent Graves ne ment jamais. Il ne dit pas toute la vérité. Il lâche des parties mais garde l'ensemble pour lui...

C'est sur ce dilemme moral que repose l'intrigue de ce phénoménal (le mot n'est pas trop fort) comics qu'est 100 BULLETS.

Mais pas que...

L'on se rend vite compte que Graves poursuit une quête plus personnelle, de vengeance ? De pouvoir ? Et qu'il a un plan d'envergure en tête en multipliant ces foutues mallettes comme d'autres les tweets indigents.

Graves travaillait auparavant pour le Trust.


Vaste et ancienne organisation criminelle, cartel mafieux de 13 familles qui se sont partagé l'Amérique du Nord. Pour réguler les conflits inévitables dans cette fosse d'alligators gloutons, une force de police interne est mise en place : les Minute men. Graves en était le chef...

Voilou les aminches le synopsis résumé, si si résumé j'insiste, de 100 BULLETS.

Bon...

Que dire ? Comment refléter la richesse et la profondeur de 100 BULLETS ? 

Incroyable galerie de personnages, déjà. Chaque opus (18 au compteur) ou presque introduit un nouvel arrivant qui se fond (ou pas) dans la trame de fond. Au début, l'Agent Graves distribue ces mallettes à des inconnus (que l'on suppose inconnus). Libre à ces derniers d'utiliser ou non son contenu. Graves donne juste un choix. Biaisé peut être mais il ne force jamais la gâchette et il ne reprend jamais sa mallette.

Et puis peu à peu, l'histoire du TRUST se déploie et la fresque prends toute son ampleur majestueuse. Et on s'inquiète. Enfin moi en tout cas. Le dénouement sera-t-il à la hauteur ?

Un autre aspect de 100 BULLETS est que le diable se niche dans les détails. Une planche, un arrière plan peut revêtir une importance fondamentale dans un tome prochain. 

Grâce à mon dealer es comics, j'ai eu la chance de lire d'affilée les 18 volumes. Ce qui est un avantage certain. Mais l'on voit les auteurs, enfin l'Auteur, Brian Azzarello accumuler les fausses pistes, les rebondissements, et l'on craint un final Lostien, bringuebalant et capillotracté...

J'y reviendrai.

Soulignons ici le trait de pinceaux, admirablement complémentaire du propos. C'est sombre 100 BULLETS et sans pitié et violent, tout en ayant un humour à froid, parfois frôlant le burlesque. Le dessinateur Edouardo Risso privilégie les teintes obscures avec un jeu sur les ombres et les couleurs, découpant nerveusement les planches en courtes cases tranchantes.


C'est du très très très beau travail ! De haute volée !

Mais surtout 100 BULLETS c'est un script. Démoniaque. Des dialogues de gros durs désenchantés, de garces calculatrices, de sales types, d'hommes bons égarés, de femmes justes, belles et fortes (ah Dizzy...)... Toutes les figures imposées du roman noir sont instillées et diffusées à haute dose.

Puis l'oeuvre vire à la paranoïa conspirationniste. Les alliances se nouent et se défont. Les plan d'ensembles se lient à des stratégies au long cours. Les jeux sont doubles, triples et l'on s'y perd.

Et finalement.... Tout doit se dénouer dans le dernier opus. C'est un peu tard... L'on se retrouve à relire encore et encore ce dernier tome en essayant de faire coïncider les pièce du puzzle, à coups de marteaux et de meuleuse. Ma lecture achevée, je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine frustration. 

" 'Tin de bordelum de merdum de bite à queue !"

Une fois la digestion accomplie, laissant le temps faire son taf, ma frustration s'est envolée pour faire place à un sourire amusé. C'est qu'ils sont un peu ridicules en fait ces hommes en noirs avec leurs costumes trois pièces et leur Grand Jeu. Ces brutes testostéronées à fleur de poil. Ces tacticiens vains qui brandissent leurs gros calibres et leurs sentences définitives. Azzarello nous les croquent dans leur vérité nue un brin grotesque. 

En tous cas, c'est ma lecture.

100 BULLETS se prêtent à toutes sortes exégèses. Preuve indéniable que nous sommes face à une oeuvre majeure. 

Impressionnant !

Pour conclure, il serait temps que Tarantino se penche sur ces bulles enchantées et fasse le job. Je lui balance quelques pistes, gracieusement : 


Après tout on peut rêver : 


Même si je pense que le format télévisuel serait bien plus adapté à 100 BULLETS pour en garder tout le substantifique moelleux !

"Votre bloguerie ?
- Oui Clafoutine ?
- Un vieux Monsieur m'a donné une mallette. Il y a une arme dedans et un dossier avec votre photo.
- Ouh là ! Fuck !"

dimanche 17 mai 2015

I wanna be the dog


Une petite couleur musicale en intro. Un peu de l'ami Pop et ses Stooges pour vous parler d'un autre Dog. 

De la littérature...

Surement qu'il n'apprécie pas les Stooges et autres chevelus dégénérés, l'Auteur. De la musique de pédales comme il le ferait dire à l'un de ses velus, auréolés de sueur.

James Ellroy.


Que l'on surnomme affectueusement le Dog.

Pas le chien fou fou, mignon, qui penche sa pitite tête pour quémander une caresse.

Non, plutôt l'autre. Moins aimable, 30 kilos de pressions dans les mâchoires et le poil sombre. Chien méchant quoi...

Ellroy n'est pas un mec aimable. A vrai dire il frise dangereusement le "j'suis un bon gros con". Savez... Çui que l'on définit comme politiquement incorrect, qui permet de dire les pires saloperies en s'accordant un frisson de parler vrai de mes testicules...

Ellroy est un foutu réac, admirateur de Reagan et Thatcher et qui vomit copieusement les bobos et les libéraux (au sens américain du terme). Juppé pour lui c'est Che Guevara et Sarkozy un mou de la rotule. 

Mais il le fait bien.

L'enfoiré...

Il déploie ainsi une misanthropie bien charpentée  à travers une oeuvre qui fait date. Il a gravé au burin son nom dans le marbre de la littérature américaine. Que cela plaise ou non.

Il est, je pense, le seul auteur de polar auquel qui a une place au panthéon de la littérature. Et, même, s'il fait genre de mépriser les bravos et les applaudissements laudateur, il adore ça. Je le crois.

Tout comme je pense qu'il en rajoute dans son côté méchant, bave aux lèvres et crocs acérés mais cela n'engage que moi et à vrai dire cela compte peu. Que vaut l'oeuvre ? Voila ce qui compte.

Ellroy a pondu une biblio touffue et on va se consacrer uniquement à son grand oeuvre le Quatuor de Los Angeles. 

Le 15 janvier 1947, dans un terrain vague de Los Angeles, est découvert le corps nu et mutilé, sectionné en deux au niveau de la taille, d'une jeune fille de vingt-deux ans : Betty Short, surnommée "le Dahlia Noir", par un reporter, à cause de son penchant à se vêtir totalement en noir. 

Le meurtre est resté l'une des énigmes les plus célèbres des annales du crime en Amérique.

Bon là... Vous connaissez ce sentiment les aminches ? Quand vous avez un monstre sacré dans les mains, face aux rétines et que vous n'aimez pas. Cela a un petit côté jouissif innocent, presque inconscient. "Je n'aime pas moi. Je ne suis pas dans le troupeau à bêler !"

Aha ! 

Mais pour LE DAHLIA NOIR, c'est loupé. 

J'ai adoré et je trouve que c'est sans conteste l'un des plus magistral roman policier jamais écrit. Un style ample qui n'adopte pas encore le fameux staccato Ellroyen et une intrigue vertigineuse. Il a placé la barre très haut en commençant son quatuor par ce roman. 

Ellroy réussit le tour de force de proposer une solution qui enterre les autres alternatives. Qui a tué Elizabet Short pour de vrai ? Ma foi, on ne le saura sans doute jamais avec certitude mais je sais moi qui a tué Elizabeth dans LE DAHLIA  NOIR et c'est tout ce qui m'importe. 

Z'avez aussi le film  de Brian De Palma. Vraiment bon. Pas aussi extraordinaire que le bouquin mais fidèle et une mise en scène au couteau comme toujours avec De Palma. 

Les opus suivant seront plus faibles même si le fameux LA CONFIDENTIAL est un foutu bon bouquin avec le terrifiant Duddley Smith. Le film est franchement fabuleux et vaut le livre. Egalité parfaite sur ce coup là.

Entre ces deux là s'intercale LE GRAND NULLE PART qui m'est tombé des paluches et WHITE JAZZ, pas terrible çui là, dispensable avec un style quasi télégraphique assez gonflant. Ellroy laisse tomber les verbes et nous balance des phrases qui ne sont parfois que des suites de mots. Vraiment pas terrible.

Voilou les filles. 

Pourquoi ce post ? 

Je viens d'entamer l'ascension du deuxième quatuor de Los Angeles. 

Los Angeles qui est vraiment un personnage à part entière d'Ellroy, entre le dégoût et la fascination. 

Le Los Angeles des années 50, où l'on pouvait s'encrasser les poumons en alignant les clopes comme des bonbons. Où les hommes sont naturellement racistes et où les femmes sont là où on les pose merci. Enfin où les hommes voudraient et croient les poser. Car les femmes sont parfois victimes chez Ellroy, parfois garces, souvent innocentes mais ne sont jamais effacées...

L'ascension (plus de 1000 pages du camp de base au sommet tout de même) disais je du premier volume du deuxième quatuor : 



Ellroy penche sa carcasse décharnée et guère complaisante sur le sort inique réservé aux Américains d'origine japonaise après l'attaque de Pearl Harbour. 

Assassinats. Gros dur au cœur mou. Faux mou au cœur dur. Basané. Lopette et sale Jap au programme. 

Je sais bien que je ne donne pas envie mais j'aime Ellroy, je n'y peux rien. C'est un grand écrivain. Un homme contestable et contesté mais un grand écrivain.

Alors que d'autres...


... sont petits en tout.

lundi 11 mai 2015

De la balle !


Coucou les aminches. 

Juste un petit mot pour vous parler de ce comics magistral qu'est 100 BULLETS. 

J'y reviendrai quand j'aurai atteint le dénouement. Pour l'instant je me freine pour ne pas avaler trop vite les 18 volumes de cette foutue série. 

Faire durer le plaisir dans un trip kamasutresque bédéiesque...

Un comics certes, mais cela va au delà. On est là devant une fresque sombre où des anthologies noires (très noires) se mêlent à un arrière plan conspirationniste d'une grande ampleur...

Le trait de crayon expressionniste qui vire soudain au minimaliste biscornu illustre et amplifie la majesté du script. 

A huit volumes de la fin je kiffe toplalalife !

Réellement impressionnant !

Je profite de ce post pour remercier mon fourgue et dealer, merki bien naminonyme.

vendredi 8 mai 2015

Fins de saisons


Bonjour les aminches.

La période est charnière pour les sériophages. Les séries ayant pignon sur peloche, les institutionnelles, déroulent leur season finale avant que l'on enquille sur les séries plus "légère" (ça se discute), plus officieuses, celles qui annoncent l'été...

Les fins de saisons s'accumulent.

Spoil... Spoil...
...

Du spoiler qui crunche, qui entartre, et qui laisse de grandes traînées brunâtres sur la baignoire de nos synapses mémorielles ('tin on dirait du Thiefaine !)

...


Avant de passer à notre couple présidentiel préféré glamour de crapules, un mot sur la bonne surprise de ces derniers mois. 


Je ne suis pas toujours preneur des Créations originales Canal + mais ils tentent du moins et LE BUREAU DES LÉGENDES fait incontestablement parti des réussites du braining storm caféiné des geeks canalplusiens tel que que je l'imagine (à base de blagues ultra référencées, de café froid et de discrètes lignes de coke ?).

Un casting pile poil, un tempo qui monte en tension, un côté documentaire point trop lourdingue. Les quelques réserves que j'avais initialement finissent par s'estomper. La jeune espionne envoyée en Iran, avec sa voix enfantine et son air ahuri, joue de sa naïveté apparente et aura un rôle clé pour la saison 2 on peut le penser. 

Et Léa Drucker...


... Dont je trouvais le rôle un peu léger finit par dévoiler une partition plus profonde qu'il ne semblait...

Pas à dire, bonne série, bon boulot !

Mais revenons à nos aigles, ceux qui fondent sur les moutons paissant l'herbe verdoyante, qui ouvrent grand leurs serres pour ne plus lâcher les électeurs.


Les Underwood, à la Maison Blanche. Frank qui s'assoit enfin dans le fauteuil de cuir patiné et Claire qui insinue sa silhouette sinueuse dans les couloirs du palais, profitant sans vergogne du pouvoir de son mari.

L'on pouvait craindre une baisse de tension de HOUSE OF CARDS, une fois la conquête achevée. Le réjouissant, et franchement dégueulasse quand même, jeu de massacre mené par Frank et Claire pour atteindre le but ultime a occupé les deux premières saisons. le pouvoir c'est bien beau mais pour en faire quoi ?

Deux mots. 

Seulement.

LE CONSERVER.

Frank n'a pas été élu. Il est arrivé à la fonction suprême sans passer par les fourches velues des isoloirs et ça le ronge. Il veut profiter Frank. Le problème est qu'il est un président impopulaire, Bush fiston à la fin de son deuxième mandat. En pire. Hollande dans deux ans. Voyez ? 

C'est pas gagné...

Mais il a quelques atouts. 

Premièrement, aucuns scrupules. Vraiment aucuns. Comme tout bon politicien ? Pour sûr, mais un brin moins encore. Il a le même niveau de scrupule que Staline quand il écrasait une fourmilière.

Deuxièmement, il est marié. A une femme remarquable. C'est à dire que l'on remarque mais sans être vraiment "digne" d'être remarquée : Claire Underwood.


Claire Underwood est la star de cette saison , son pivot. Le mystère autour duquel vont tourner les scénaristes. Et c'est une très bonne idée. Tout d'abord Robin Wright est magnifique, d'une beauté classique et réfrigérante. Une Lady Mac Beth toatlement larguée en fin de saison, ses ambitions en capilotade, au service d'un mari tyrannique.

Robin livre une composition subtile, elle tient joliment la note entre une femme monstrueuse mais que l'on sent aussi en quête de rédemption. Elle illustre parfaitement la complexité de la psyché humaine, enfin de certaines... C'est le bordelum la haut  quoi !

Comme le fait remarquer l’écrivain Tom Yates, engagé par un Frank Underwood en quête d'un livre hagiographique, Thomas Yates véritable détonateur de la faille sismique écartant les deux moitiés présidentielles : 

"Je préfère imaginer celle que vous pourriez être plutôt que vous connaitre réellement".

Frank et Claire que l'on croyait cimentés par une ambition commune, une implacabilité partagée et de lourds secrets sanglants vont s'éloigner. Enfin surtout elle. Leurs regards ne sont plus parallèles .


L'on voit les cheveux de Frank blanchir, l'on assiste à la perplexité de Kevin Spacey, son incapacité à percer l’énigme de sa femme.

Plus que par les intrigues, les stratégies politiciennes 

-où l'on voit que l'on peut très bien se présenter et être en passe de l'emporter alors que l'on a tout foiré dans son mandat. François, Nico tout les cauchemars sont permis-

HOC emporte notre conviction par cette insondable imprévisibilité humaine. 

Une chose est certaine cependant. Frank Underwood est au delà de toute rédemption : 


La quatrième saison (car il y en aura une) narrera les primaires et l'élection, future saison qui télescopera la vraie élection dans la vraie vie.

Seront-ils au niveau des vraies enculeries du barnum Washingtonien qui se profile ? 

Wait and see...

samedi 2 mai 2015

La griserie des profondeurs


Des profondeurs la aminches. La noirceur des abysses. Où une pression de tous les instants s'exerce et augmente.

La pression, l'agent de la DGSE Guillaume Debailly -nom de code Malotru-  connait bien. Il vient d'oeuvrer six ans durant en Syrie, en tant qu'espion infiltré, un clandestin, sous l'alias de Paul Lefebvre. 

Malotru travaille pour le Bureau Des Légende, section du contre espionnage français, chargé de créer ces fausses identités, les légendes, censées résister à toutes investigations poussées. 

Guillaume Debailly revient en plein crise. Le clandestin Cyclone, installé à Alger, a disparu. A-t-il lui même mis en scène sa disparition, craquant sous la pression ? Le services algériens l'ont-ils grillé et le travaillent-il en ce moment à la tenaille et chalumeau ? Ou bien était il un agent double depuis le début ?  

Fort de son expérience et de ses compétences, Malotru est chargé de le récupérer ; tout en formant la prochaine clandestine, une jeune fille que l'on veut introduire dans les milieux nucléaires iraniens.

Mais Guillaume Debailly est-il lui même si fiable ? Peut-on, dans un claquement de phalanges, effacer 6 ans de sa propre vie ? Et la femme dont il était amoureux à Damas sous son identité de Paul Lefebvre et qui vient d'arriver à Paris est elle si transparente ? A quel jeu joue Malotru ?

Ouch... Voilà un synopsis bien complet. Et copieux.

La nouvelle création de Canal + était précédée d'un buzz positif et l'on s'attendait à voir la qualité made in esprit Caaanaal en action. Qu'en est-il vraiment ? 

Tout d'abord, le créateur de la série et réalisateur des épisodes, Eric Rochant connait bien le monde de l'espionnage. L'on devine tout de suite ses références et le bonhomme a bon gout. 

Il délaisse les cascades mirobolantes de l'ami Bond et les combats rapprochés de l'ami Bourne. Il lorgne sans se gêner du coté de John Le carré et ses costumes trois pièces. On est là dans un fonctionnariat du renseignement. Griserie, je claviotais les filles. On est bien dans un monde gris, entre le noir profond et le blanc cassé. 

L'autre référence évidente est dans le propre passé du réal, et son fameux (et excellent itou) film LES PATRIOTES  : 


Avec Yvan Attal auquel Matthieu Kassovitz fait indéniablement penser par une silhouette longiligne et un physique passe partout relativement semblable.  Surtout par le même jeu rentré, tout en sobriété et subtilité. 

Nous sommes donc là dans l’univers de la manipulation. Qui influence qui ? Qui se tient par les couilles la barbichette ? Peu d'armes, quasiment pas de scènes d'actions mais un suspense et une tension bien senties...

Les agents dans ce Bureau sont des tronches, capables de passer l'agrégation de Français et d'apprendre l'arabe, dans la même année, pour parfaire une couverture.

Ce qui est bien rendu dans cette série, c'est la griserie de jouer un double jeu et de la difficulté de revenir à la normale, de récupérer son nom de naissance et la routine qui va avec. 

Comme je le soulignais Matthieu Kassovitz investit impeccablement son personnage et rend bien cette fébrilité sous-jacente, masquée par un calme apparent et une froide maîtrise.


Matthieu a mis en berne ses ambition sodomites envers le milieu du cinéma français, il stoppe (pour un temps ?) sa quête du second miracle, d'un nouveau LA HAINE et prouve que que ce l'on savait déjà : c'est un bon acteur. 

Sa partenaire lui renvoie la réplique superbement : 


Tout d'abord l'actrice Zineb Triki est magnifique, d'une grande beauté racée et féline. Elle développe ensuite un beau jeu, tendu et subtil. Ce couple fonctionne et plutôt bien.

L'ennui est que le reste du casting est déséquilibré. Lea Drucker est un peu sacrifiée dans son rôle de psy et sert surtout de guide dans les arcanes du secret défense, cela nous vaut quelques dialogues d'espionnages pour les Nuls. 

Le supérieur direct et ami de Malotru est incarné par l'excellent Jean Pierre Darroussin qui fait le job honnêtement sans fautes et sortie de route mais dans une figure un brin caricaturale du chef sympa et humain. 

J'ai un peu plus de mal avec l'apprentie clandestine, future infiltrée en Iran, Sara Giraudeau (la fille de) avec sa voix Birkinienne de petite fille assez crispante et qui ne me semble pas vraiment crédible.

Ses coquetteries mises à part, c'est pas mal du tout ce BUREAU DES LÉGENDES  qui tient pour l'instant son pari : l'espionnage c'est du sérieux !