dimanche 21 décembre 2014

Faut-il tenter l'Ascension ?


" Tiens installe toi Clafountine. Laisse moi te conter la merveilleuse pénible histoire de Syfy.
- Oh oui votre Bloguerie, une histoire ! Une histoire !
- Une parabole plutôt. Syfy est une chaîne de télévision cablée qui s'est donnée pour mission de proposer des fictions fantastique et de Science Fiction.
- Et, votre Bloguerie ?
- et bien ils ont oublié d'ajouter "de qualité". Des fictions de qualité.
- Tout de même votre munificence cosmique, BATLLESTAR GALATICA !
- Certes, Clafoutine. mais aussi Z NATION. DEFIANCE. DOMINION.
- HELIX  votre globalité stellaire !
- Oui HELIX aussi. SyFY est le conte d'une chaîne qui vit sur l'aura d'une grande série, qu'on espère toujours retrouver et qui vendange systématiquement depuis. Voyons si cette malédiction se confirme..."

Bien le bonjour les filles. Que vaut la dernière série de Syfy ? va t-elle rejoindre sa valeureuse aînée ou s'unir aux ricanements déçus de ses autres prédécesseuses ? 


Les années 60. Kennedy, la guerre froide et la peur d'une conflagration nucléaire totale et finale qui annihilera l'humanité. Par précaution , le gouvernement américain, dans le plus grand secret, construit une maousse fusée, Ascension, et envoie un équipage sur Proxima du centaure, pas à côté, dans la banlieue très éloignée de notre système solaire. 

Comme on est dans les Sixties, la technologie ne permet  pas d'atteindre des vitesses sub-luminique voire luminiques (toujours pas d'ailleurs il me semble). Le voyage va être un peu longuet. Plus d'une centaine d'années. Ce seront donc les descendants du premier équipage qui planteront la bannière étoilée sur Proxima. 

Mais v'la ti pas qu'une bombasse bikinisée se fait dessouder au bord de la piscine de l'arche spatiale. Le second d'Ascension mène l'enquête tandis que sur Terre, de nos jours, les responsables du programme toooooop secret tentent de le garder le secret, sur Ascension et sur le meurtre.

Je ne sais pas vous les aminches mais je le trouve sympa ce pitch. Son côté nanawak et 10 petits nègres dans le cosmos... D'ailleurs l'atout numéro 1 de cette mini série (3 épisodes au compteur, pour l'instant ?) est son script. La Science Fiction permet ces synopsis bigger than life and ridiculous...

Les occupants d'Ascension sont donc restés bloqués dans les années 60 avec tous les préjugés qui vont avec. Oubliez tout de suite l'angle MAD MEN dans l'espace car, même si je n'ai jamais accroché à cette cette série, je reconnais bien volontiers que MAD MEN est à des années lumières (pour rester dans le ton) d'ASCENSION en matière d'ambition narrative. 

On serait plutôt dans HAPPY DAYS  en apesanteur. En effet, les show runners ont privilégié le côté fun à l'analyse sociétale. Passe que les années 60 ce ne sont pas que James Dean et le déhanché pelvien d'Elvis mais aussi la ségrégation. On est dans une autre ségrégation dans ASCENSION. Étagée.  Les niveaux supérieurs de la fusée sont réservée aux cadres sup sup et les niveaux inférieurs au lumpen prolétarien. Par tronche que le second de l'équipage soit un black issu de la soute ne semble poser de problèmes à personne. Et c'est un brin étonnant.

Ce qui est bien rendu en revanche (du moins ils essayent) c'est la frustration de personnes qui n'ont jamais connu le concept d'avoir de la place, de pouvoir marcher 50 mètres sans cogner une cloison, la rage de ne pas avoir choisi son destin, d'être condamné à vivre confiné dans de la tôle...

Ce qui est pratique aussi, c'est l'économie réalisée sur les décors, le poste de commandement semble tout droit sorti de STAR TRECK et les ordinateurs ressemblent à un vieil Atari. 

L'autre bonne idée est que le second s'inspire des romans de Raymond Chandler (et son détective Philip Marlowe) pour ses investigations et va jusqu'à visionner M LE MAUDIT comme source d'inspiration. 

Bien sûr l'autre atout du bouzin est son casting...

... Hum...

... Oui et non. 

Oui because Tricia Helfer, ma Cylon préférée (on y revient toujours à BATTLESTAR). Tricia Helfer est une actrice fantastique : 



Certaines mauvaises langues prétendent que mon sens critique s'abolit drastiquement dès que la silhouette Helfienne fait son apparition. Tant de perfidie me laisse sans voix.

D'ailleurs les propres partenaires de Tricia Helfer semblent eux aussi subjugués par la puissance de jeu de Tricia : 


- Regarde ce que je tiens dans les mains !
- hum hum...
- Dans les mains j'ai dit ! Tu regardes derrière mes mains là !
- Hum... Pardon ? Tu disais ?
Tricia incarne la femme du commandant, le big boss. Elle est prête à tout pour conserver la position de pouvoir de son époux. Elle donne beaucoup de sa personne Tricia. Elle est comme ça.

Elle n'est pas la plus mauvaise. Les autres acteurs dégagent l'expressivité d'une clé de 12. Au point que j'ai cru que c'étaient des Cylon avec un bug dans le logiciel de mobilité faciale. Mais quand j'ai vu le commandant tressaillir devant la ligne de flottaison de Tricia, je me suis dit "nan c'est la supériorité de l'inné sur l'acquis"

Faisons un test avec le commandant : 


- Je suis content !
- J'ai mal !
- J'ai faim !
- Je viens de me sectionner le pénis avec ma fermeture éclair ! 
J'ai lu que les acteurs étaient consternants. Je n'irai pas jusque là (remémorons nous DÔME hein !) mais ils sont dans un non jeu frisant la performance. 

Cela dit, l'autre véritable point positif à mettre au crédit d'ASCENSION c'est le concept de MINI série. Trois épisodes et pis c'est tout ! Enfin espérons le ou alors une hausse qualitative exponentielle. Pour trois épisodes on peut savourer ce plaisir coupable, d'autant que le twist final du pilote est digne du Shyamalan de la bonne époque. Retournement que l'on devine un poil quand même. 

Allez tentons l'ASCENSION on pourra profiter de la garde robe de Tricia un peu plus longtemps. 

"De son absence de garde robe plutôt...
- Clafoutine, un peu de respect !"

samedi 20 décembre 2014

A venir...


En 2015 les aminches... Quelques bandes annonces qui font envie...








Dix de chute

Bonjour les aminches.

Ho ho ho. Le gros père rubicond prépare sa tournée. La neige n'arrive pas vu les températures bien trop clémentes pendant que les écologistes s’écharpent pour savoir qui aura la plus grosse Xantia.

La cheminée est éteinte et mon poste télé aussi. Peu de séries à se mettre sous la dent. Le WALKING DEAD ronronnant fait son break annuel et j'attends HANNIBAL. 

Si quand même, il y en bien une, bien croquante sous les molaires...


THE FALL est le succès inattendu du moment sur la BBC. Et pourtant on est là dans du classique. 

L'inspectrice en chef Stella Gibson est dépêchée à Belfast pour reprendre l'enquête sur un violeur et tueur en série redoutable qui terrorise la population. 

Je vous l'accorde ce n'est pas le pitch du siècle et pourtant THE FALL se laisse d'abord regarder avec plaisir et ensuite vous happe pour ne plus vous lâcher. 

Tout d'abord, c'est anglais. C'est à dire que l'on ne nous prend pas pour des abrutis. Non Stella Gibson n'est pas une mentaliste télépathe qui possède des pouvoirs d'augures proprement phénoménaux. Non les tests ADN ne sont pas donnés dans le quart d'heure. La première saison est presque dans une approche documentaire.

Ensuite le syndrome COLUMBO  a encore frappé. Ne cherchez pas qui pourrait être le tueur, il nous est montré d'entrée : 

Jamie Dornan incarne Paul Spector.
Jamie Dornan s'en sort pas mal de tout. Jamie qui va faire frissonner mémère, il jouera bientôt Mister Grey dans les 50 nuances qui vont avec.

Bon il en fait peut-être un poil trop dans le mec qui ne ressent rien, n'éprouve rien, pour qui les femmes ne sont que proies ou quantités négligeables. C'est l'une des rares faiblesse de la série à mon, sens, car ce père aimant (certes) est un rien moins crédible en époux attentionné et l'on se prend à douter des capacités cognitives de sa femme.

Cela dit, le personnage est intéressant. Intelligent, flippant, d'un sang froid plus que froid. Aucune empathie n'est possible, nous ne sommes pas là dans le registre ambigu du DEXTER tueur en série sympa ou HANNIBAL génie du mal forçant l'admiration. 

Non Paul Spector est finalement un violeur tueur de femme qui exècre la gent féminine. Un type médiocre en somme mais efficace et indéniablement doté d'un QI conséquent.

La chute de Paul Spector est inévitable car il est confronté à sa Némésis.


Gillian Anderson dans le rôle de l'inspectrice Stella Gibson est magnifique. A tout point de vue. Envolée Scully, Gil nous livre une composition remarquable. Certes elle revient à ce côté cérébral et décalée qu'elle explore sans discontinuer depuis X FILES (notamment dans HANNIBAL) mais qu'est ce qu'elle le fait bien ! 

Elle ajoute ici une noirceur, une faille, une fragilité qui se laissent à peine deviner car Stella est un personnage fort. J'aurais même tendance à dire que c'est l'un des plus beaux caractères de flic que l'on ait vu depuis longtemps.

Stella Gibson, croqueuse d'hommes, assumant une sexualité sans tabous, ce qui passe mal dans une ambiance vestiairisée débordant de testostérone, selon le précepte bien connu " Je suis un Don Juan qui se lève plein de nanas, tu es une grosse traînée qui ne sait pas résister à l'appel de la Bêêête..."

THE FALL est une série féministe en fait (contrairement à certains bas du front qui ont laissé entendre le contraire) mais sans militantisme parasitant l'action.

THE FALL commence doucement, installe une ambiance glauque. Les scènes de viols et meurtres sont filmées sans voyeurisme (elles suggèrent et s'arrêtent à temps) mais sont implacables. Ensuite le rythme s'accélère et le tempo s'impose à nous.

La traque de Paul Spector ne nous laisse aucun répit et nous savons bien dans quel camp nous sommes. 

Ou alors il faut consulter !

mardi 16 décembre 2014

C'est le retour...




... des marronniers. 

Les sujets récurrents. Les tops des meilleurs pâtés en croûte,  des poitrines les plus siliconées etc. 

Une excellente namie de moi me déclarait dernièrement et je la cite in extenso : "Faut catégoriser. Sinon on s'en sort pas. C'est l'anarchie. Le mal absolu".

Ça se défend. Non vraiment ça se tient. 

C'est bien pour cela que je vous livre les 25 meilleurs livres que j'ai lu en 2014 où tout est mélangé : SF, polar, littérature, essais, BD et toutiki. La théorie du chaos quoi...

Si vous cliquez sur les couvertures vous tomberez sur le post s'y rapportant (roh... c'est bien foutu quand même....).

25.

24.

23. 

22. 

21. 

20. 

19.

18. 

17. 


16. 

15. 

14. 



13. 

12. 

11. 

10. 

9. 



8. 


7. 

6. 

5. 

4. 


3. 

2. 

1.


Voilou les filles. Un top 25 de plus. Injuste surement (quid de SANDMAN ?), où caler ZOMBIE de Joyce Carol Oates, livre dérangeant ? Et HOLLYWOOD BABYLONE hein, plaisir coupable voire malsain, ne serait ce pas un peu facile de l’évacuer ainsi du classement ? 

Et bien je n'aurai qu'une chose à dire...

... à l'année prochaine !

mercredi 10 décembre 2014

Déraison littéraire



Ah les aminches... Qu'est ce qui fait la postérité d'une oeuvre ? Quel est donc ce déclic mystérieux qui décide qu'une oeuvre devienne culte et qu'une autre prenne la poussière ? 

Je ne parle pas là des best-sellers encombrant les têtes de gondoles, certains agréables d'autres de plomb mais qui partagent l'assurance d'un oubli quasi certain. Non je parle de ces oeuvres qui s'incrustent dans les mémoires collectives et acquièrent un statut inaltérable. 

Voilà une question que Edward Whittemore a dû se poser quelquefois, voyant son QUATUOR DE JÉRUSALEM grossir les invendus et les étals des bouquinistes.

De fait, il est extrêmement ardu de mettre la main sur LE QUATUOR sans passer par les fourches Caudines d'un site en ligne qui met en avant de farouches guerrières se sectionnant le sein pour mieux tirer à l'arc.

Edward Whittemore est né en 1933 et mort prématurément en 1995. Il fut agent de la CIA, barman, et finit sa vie dans une relative indigence à effectuer des taches de merde administratives dans un cabinet d'avocat.

Salut Ed
Pendant sa période CIA, Edward a entamé la rédaction de sa (bien peu) fameuse tétralogie le QUATUOR DE JÉRUSALEM.

Ces quatre romans ambitionnent rien moins que raconter l’Histoire du monde, sur la base d’un malentendu énorme : la Bible, apprenez-le, n’est qu’un tissu de fables inventées par un dément aveugle et dictée à un simple d’esprit - entièrement réécrit ensuite par un moine dingo soucieux de préserver le dogme. Complots, agents doubles, révélations mythiques, tourbillonnent autour de la Ville du Livre, celle-ci devenant l’enjeu d’une partie de poker qui durera une douzaine d’année... 


Ed en a vendu 3000 exemplaires. En tout. Pour l'ensemble des quatre volumes.  

Ce qui est particulièrement injuste si vous voulez mon avis. LE QUATUOR fut édité en France par la collection Ailleurs et Demain de Gérard Klein, grand éditeur de SF (et bon écrivain itou). Qu'il en soit remercié. Mais LE QUATUOR n'est pas de la SF. LE QUATUOR est... Et bien... je ne sais pas trop.

Plongeons plus avant dans le Jérusalem whittemorien, voulez vous (pure question rhétorique...) ?



Un anachorète albanais égaré dans le Sinaï, Skanderberg Wallenstein, découvre par accident le manuscrit le plus ancien de la Bible. Horrifié par sa lecture, il épuise sa vie à fabriquer le plus grand faux de l'Histoire. Afin que la Bible demeure telle que nous la connaissons.

Un lord anglais excentrique, Plantagenêt Strongbow, duc de Dorset, rompt avec les coutumes bizarres de sa famille et parcourt nu les déserts du Moyen-Orient avant d'écrire une somme sur le sexe en trente-trois volumes et d'acquérir secrètement tous les biens de l'Empire ottoman. 

Un Juif arabe né sous les Pharaons, Hadj Harun, coiffé d'un casque de croisé, défend seul Jérusalem contre la multitude de ses envahisseurs, et ne sait plus s'il est juif ou arabe, ni du reste qui il est.

Un adolescent irlandais, Joe O'Sullivan Beare, mène avec une redoutable pétoire la lutte contre l'oppresseur anglais avant de fuir en Palestine sous la défroque d'une religieuse et de devenir par accident un héros de la guerre de Crimée, perdue bien avant sa naissance.


Autant vous le dire tout de suite, la qualité littéraire du QUATUOR est inversement proportionnelle à la laideur invraisemblable des couvertures.

Voilà un livre épicé, coloré, riche en vocabulaire, semé de noms propres improbables, de faux personnages historiques et de vrais personnages de contes, volontiers elliptique... pour tout dire la plume de Whittemore fait appel à l‘intelligence du lecteur, ce qui, on le sait, est un pari audacieux.

Ce premier volume est enlevé, parfois franchement barré, un mélange savant de Tex Avery burlesque, d'érudition précise (mais non précieuse) et de mysticisme lié au désert, aux religions qui s'entrechoquent, à la folie inhérente au Moyen Orient. 

Sous le déluge d'humour absurde, l'on sent qu'il connait son sujet Ed et qu'il a bien retenu ses leçons d'histoire à Yale. 

Ce livre est touffu, parfois trop, mais réussit à happer le lecteur qui fait l'effort de poursuivre. 

Il faut bien l'avouer, lire le QUATUOR demande un réel effort. Oubliez la narration logique : départ du point A pour arriver au point B tout va bien... La logique n'est pas le fort de Whittemore et les digressions s'invitent plus qu'à leur tour.

Le deuxième tome amplifie ce mouvement : 

Dans l'échoppe sordide d'hadj Harun, antiquaire vieux de trois mille ans, Cairo Martyr, musulman noir au yeux bleus trafiquant en poudre de momies, O'Sullivan Beare, héros à quinze ans de la Guerre d'indépendance irlandaise, et Munk Szondi, sioniste hongrois fanatique, entament en 1921 une fabuleuse partie de poker qui durera douze ans et qui a pour enjeu le contrôle absolu et secret de Jérusalem. 

Ils attirent les plus belles fortunes du Moyen-Orient à leur table de jeu, ou elles fondent comme beurre au soleil. 

Tandis qu'en Albanie, Nubar Wallenstein, héritier de Skanderberg Wallenstein, désespérément paranoïaque, emploie son immense fortune à monter un réseau secret de renseignement qui a entre autres pour objet de contrer les trois protagonistes du poker. 


En avant Guingamp dans la démesure et la bouffonnerie  Whittmore part du principe que tout est possible à Jérusalem et tout y arrive. Ville qui permet toutes les folies, qui couve la déraison.

Ce deuxième tome est encore plus barré que le premier (et c’était pas gagné) voire étrange. On y sent poindre aussi une certaine mélancolie.

J'ai une théorie les filles. Je crois fermement que l'humeur de Whittemore, amer de voir son grand oeuvre se vendre encore moins que "Le macramé dans l'histoire", se ressent dans son style. Les pages se font moins alertes, moins ouvertement absurdes mais plus empreintes d'une tristesse sourde. 

Ce n'est pas encore trop prégnant dans ce deuxième volume mais cette sensation explose dans les paragraphes du troisième opus : 

De plus en plus moche !
Le troisième volet, Ombres sur le Nil, se situe pendant la Seconde Guerre mondiale, au Caire principalement. 

Stern, le héros de cette histoire, est assassiné en juin 1942 par l'explosion d'une grenade lancée dans un bouge de la Vieille Ville apparemment par des soldats anglais en goguette. Mais la réalité n'est pas si simple... 

Pour éclairer le rôle trouble de Stern lors de l'avancée fulgurante de Rommel en Libye, six mois avant sa mort, les plus grands chefs de l'espionnage anglais et américain sont allés rechercher Joe O'Sullivan Beare dans la réserve indienne ou il s'est retiré pour lui demander d'enquêter sur les agissements de Stern. 


Joe accepte. Et bien entendu son enquête passe par les lieux et les personnages les moins vraisemblables. Ainsi le Monastère qui accueille au fond du désert une officine d'espionnage dont tous les membres sont infirmes de guerre, ou les Soeurs, plus que centenaires, qui habitent une maison flottante extravagante sur le Nil et qui entendent tout et savent tout...

Troisième volume du QUATUOR, écrit cinq ans après le deuxième, OMBRES SUR LE NIL cumule les superlatifs. Plus gros, plus beau - couverture exceptée, ahem... comment dire ? -, plus déprimé, plus triste et plus fou, ce roman [?] renoue cependant avec une certaine normalité littéraire en s’affranchissant totalement des éléments bizarro-sciencefictifs qui jalonnaient les deux précédent.

Whittmore n'a jamais voulu vendre. Il n'accordait pas d'interview et n'a jamais donné dans le easy reading. Mais je précise (et cela n'engage que moi) : il n'a jamais voulu vendre des containers entiers de son roman, il n'a jamais rien fait pour produire un bon gros best-seller à base de recettes éprouvées. Cependant il n'avait rien contre une réussite imprévue, au moins un succès d'estime. Mais cette indifférence, ce néant total, cette absence quasi cosmique, je pense qu'il l'a mal vécu. Et ça se lit entre les lignes. Le ton se fait plus dur, plus désespéré. 

Fini la bouffonnerie absurde. Toujours foisonnant de personnages, ce livre mélancolique déroule un synopsis classique et un dénouement cohérent. Il faut avoir le goût des digression cela dit, ne rien avoir contre des détours nombreux. Si vous voulez de l'action pure, du Jack Bauer en mode adrénaline, ce n'est pas le genre de la maison ! 

Ces trois tomes sont étroitement liés. Ils ne peuvent se lire indépendamment et forme un tout. Ce n'est pas le cas du dernier livre.


1956. Né en Irak, soldat israélien, Yossi est déclaré mort lors de la guerre du Sinaï. 



Après un détour par l'Argentine, il réapparaît à Damas, sous le nom de Halim. Homme d'affaires habile, il s'introduit dans les hautes sphères de la Syrie et devient le Coureur, agent stratégique du Mossad, le service secret israélien. 

De la création de l'OLP et du Fatah à Septembre noir, des attentats de Munich à la guerre du Kippour, dans une atmosphère de mystère et d'angoisse, l'aventure de Yossi/Halim s'inspire de celle d'Elie Cohen, agent du Mossad dont les renseignements changèrent le cours de la guerre des Six-Jours en 1967.

Whittemore délaisse les protagonistes des premiers romans et déroule une histoire plus classique, moins touffue et à vrai dire je trouve cet opus le plus réussi. 

Nous sommes là dans l'univers de l'espionnage documenté voire documentaire. Inspiré d'un réel agent double, Ed déploie toute sa connaissance du terrain, il connait ces déserts, il les a arpenté, il sait l'agencement d'opérations d'infiltration d'envergure. Il nous détaille le ressac sans fin des conflits opposant les Arabes aux juifs. 

À travers les tourments du Coureur, qui ne sait plus s'il est un Israélien espionnant la Syrie ou un espion syrien, se dégage une ultime conviction : il est un « Oriental » que ses racines lient irrévocablement à un désert disputé et inspiré. Whittemore rêve : celui, sur cette terre pétrie de sang et de symboles, d'une société apaisée, multiculturelle et multiconfessionnelle. Un rêve pareil à la Ville sainte : inaccessible.

Très beau livre. J'ai beaucoup aimé les 3 premiers, mais celui là a ma préférence. je le conseillerai à ceux qui veulent s’immerger dans l'univers de cet écrivain hors norme, inconnu. Lire Whittemore nous donne l'impression d'appartenir à une société secrète, on se sent privilégié et c'est là le plus bel hommage que je puisse lui faire. 

Je laisse le mot de la fin à Tom Robbins, autre écrivain : 

"L'oeuvre de Whittemore est l’un de secrets les mieux gardés de la littérature américaine (...) comparable à un bol de pudding au haschisch : riche, sombre, goûteux, amusant, vénéneux, révélateur, avec un parfum d’exotisme et de danger. "


vendredi 5 décembre 2014

Faire sauter le Banks


Salutations les aminches. Aujourd'hui, tiens pour changer, nous parlerons de SF. La vraie, pas celle pour les pédalos.

Avec l'insondable interstellaire, les trous de vers, les réacteurs quantiques, les orbitales. Tout le bouzin quoi !

Nous avons plusieurs chapelles Science Fictionnesques. L'uchronie : réaménager notre histoire en faisant dévier son cours avec par exemple LE MAÎTRE DU HAUT CHATEAU de Philip K Dick ou encore FATHERLAND de Robert Harris (excellent, je vous le conseille). La seconde guerre mondiale n'a pas le monopole de l'uchronie, par exemple le très bon ROMA AETERNA de Robert Silvergerg.

Z'avez encore les dystopies, l'inverse de l'utopie : Le futur est caca, on vit une vie de merdum ! 1984 de Orwell bien sûr, ou bien encore LE MEILLEUR DES MONDES de Aldous Huxley. 

Les paradoxes temporels, le steampunk, le cyberpunk etc...

Et bien sûr le plus ample, le plus majestueux et quelque fois le plus chiant ardu : le space opéra. 

 Ouvrons les guillemets : 

"Le space opera est un sous-genre de la science-fiction caractérisé par des histoires d'aventure épiques ou dramatiques se déroulant dans un cadre géopolitique complexe. Suivant les œuvres, le space opera rime avec exploration spatiale à grande échelle, guerres intergalactiques ou rigueur dans le réalisme scientifique. " (wikiquidit)

DUNE de Frank Herbert, FONDATION de Isaac Asimov ou encore HYPERION de Dan Simmons. 

Et bien sûr le cycle de la Culture du regretté Iain M Banks.

Iain M Banks. 1954 - 2013
Moi ça me ratatine toujours un peu les nougats quand de bons écrivains s'en vont quand tant d'autres s'accrochent. Bref...

Iain a créé un univers, un monde : la Culture. 

Il s'agit d’une société pan galactique qui regroupe à vue de poil 30.000.000.000.000 d'habitants. Trente mille milliards. La Culture présente plusieurs caractéristiques : 

- Elle est technologique. A un stade très avancé. Ce qui lui a permis de résoudre bien des couillos in the potage : plus de problèmes d'énergie, de ressources. Plus de pauvreté non plus, c'est les 30 Glorieuses au stade ultime et illimitée sans date de péremption. En outre la mort est une donnée très relative. Les modifications génétiques allongent l'existence au delà de l'imaginable et confère une quasi immortalité.

- Elle est hédoniste. Les races composant la Culture ne connaissent pas le travail, ni la propriété (quasiment). La gestion de cet immense conglomérat a été confiée à des Intelligence Artificielles : Les Mentaux. Ces derniers se présentent sous la forme de petits drones ou bien encore de vaisseaux spatiaux, parfois gigantesques (plusieurs centaine kilomètres de long, large, profondeur et toutikiki)

- Elle est égalitaire : toutes les races humanoïdes, tentaculaires, insectoïdes  (etc.) sont égales entre elles. 

- Elle est tolérante. A l'extrême. Tout est permis à condition de respecter quelques règles : on ne massacre pas, on ne tue pas, on n'asservit pas. Ce qui ne va pas sans poser quelques soucis avec des races belliqueuses. 

- Elle est pacifique. En théorie la Culture se garde d'intervenir dans les affaires de ses voisins. En théorie seulement. Si Elle estime que des sociétés autres contreviennent à ses valeurs, elle intervient et entreprend d'englober les récalcitrants. La Culture ne détient pas officiellement d'armée régulière mais ses différents types de vaisseaux sont pour la plupart armés jusqu'aux cales. 

- Elle est hypocrite. La Culture suborne, corrompt et agit discrètement dans son sens. Elle a pour cela un moyen imparable le Contact qui évalue les civilisations nouvellement découvertes et son discret bras armé les CS pour Circonstances Spéciales : les services secrets de la Culture. Redoutables. Le MOSSAD puissance millananawak au carré. De plus elle peut compter sur une avance technologique certaine sur ses différents adversaires. 

- Elle est ennuyeuse. Les habitants de la Culture sont guettés en permanence par l'inanité, le questionnement vain, "qu'est ce que je vais bien pouvoir faire ce prochain bicentenaire ?". Certains s’enivrent de plaisirs licencieux, d'autres se tournent vers les CS. Les personnages de Banks sont toujours ainsi à la marge de la Culture, toujours ambivalents par rapport à Elle. Et souvent broyés par Elle. 

Et je vais m'arrêter là.... (vous pouvez approfondir ici si vous voulez) Parce que je pourrais continuer encore et encore. Vous narrer les VSG, vaisseaux spatiaux Généraux (vaisseaux mondes), vous parler de la sublimation, vous décrire les orbitales, vous les montrer aussi pourquoi pas : 



Autant vous dire que l'imagination de Iain M Banks est foisonnante et son univers d'une cohérence, d'une minutie qui laisse pantois. A faire passer Tolkien (astiquez les fourches !) pour un aimable pigiste. 

Toute la problématique de l'oeuvre de Banks se résume à cela : peut-on résister à la Culture ? Attendu que la Culture gagne toujours. De la part d'un Britannique ayant subi l’attraction chatoyante du soft power américain cela fait sens. 

L'un des désavantage de la Culture, c'est que son hédonisme forcené entraîne fatalement une forme de mollesse, on finit par se laisser porter, à ne plus avoir d'opinion tranchée, tout étant décidé par des IA plus compétentes (presque trop), incorruptibles... On en vient, du moins les protagonistes des romans banksiens, à avoir de la sympathie pour des civilisations plus barbares, plus brutales, voire génocidaires, car comme le dit Bora Horza Gobuchul, héros du roman UNE FORME DE GUERRE : "ils sont du côté de la vie".

Cette fascination malsaine, cette résistance ambiguë (jusqu'à prôner des valeurs nauséabondes) est récurrente dans l'oeuvre de Banks, et bien en phase avec l'actualité non ?

De plus si l'oeuvre de Banks n'est pas exempte du défaut majeur du space opéra, à savoir un style parfois ampoulé et très techno genre "il inversa les flux du floux pour déployer son énergie cinétique et atteindre ainsi la vitesse luminique du gnagnagna...", Iain déploie un tel foisonnement dans les détails, une telle imagination débridée que c'est un vrai bonheur de lecture. 

Et surtout, surtout Banks n'est pas dupe et ne se prend pas au sérieux. Par exemple les noms des vaisseaux spatiaux plutôt savoureux : Services couchettes, Dans l'attente d'un nouvel amant, Tuez les tous....mais pas tout de suite etc.

Chaque livre étant un voyage en soi, je n'ai pas (encore) tout lu du cycle. je peux cependant vous en citer trois :



Gurgeh est l'un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connus. Il joue, gagne, enseigne, théorise. 
Le Contact considère l'empire d'Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L'Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur. 
Si bien que Gurgeh, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la culture et lancé dans le formidable jeu d'Azad.

Deuxième livre écrit par Banks dans son cycle de la Culture. Très bonne introduction à l'univers de la Culture, un très bon roman. En plus si vous êtes joueur...

J'y pense, chaque livre est indépendant, il n'y pas de suite à proprement parler. La Culture est l'unique élément récurrent. Je vous conseille néanmoins de commencer par L'HOMME DES JEUX. Plus accessible, car il faut bien l'avouer, il faut parfois s’accrocher mais Banks ne laisse rien dans l'ombre et chaque livre propose un dénouement propre et compréhensible. Et ça, c'est 'ach'ment bien, c'est loin d'être toujours le cas dans le space opéra.

Ensuite z'avez le pavé Culturien que j'ai lu cette année : 


Au plus profond de l'espace interstellaire, loin des volumes ordinairement fréquentés par la Culture, vient de surgir une Excession, objet extraordinaire qui semble défier toutes les lois connues de la physique, déborder la raison, et provenir d'un univers supérieur, transcendant. 

La Culture, cette société galactique, décentralisée, hédoniste, altruiste, cynique, anarchiste, prodigieusement riche et efficace - composée d'humains et autres intelligences biologiques, mais aussi et peut-être surtout d'Intelligences Artificielles - ne peut ignorer ce défi. 

D'autant qu'une espèce cruelle et belliqueuse, les Affronteurs, tente de profiter de la situation.

Un bon opus, concentré sur les IA, les Mentaux, la plupart sont des vaisseaux spatiaux cheminant dans l'espace infini, aux prodigieuses capacités et ego sur dimensionnés. Bon, clairement pas l'opus par lequel il faut entrer dans l'univers de la Culture mais c'est pourtant l'un des plus drôles et l'un des plus profonds mais il n'est pas easy reading... 

Enfin les aminches vous avez LE chef d'oeuvre de Banks : 



Cheradenine Zakalwe est l'un des agents les plus efficaces de la Culture, cette immense société galactique, pacifiste et redoutable, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. 

Partout où la Culture entend faire régner sa bienveillance, c'est-à-dire son ordre, Zakalwe se montre un chien de guerre irremplaçable. 

Mais est-il seulement celui qu'il croit être ?


Génial ! Ce livre est célèbre (notamment) pour sa construction démoniaque.  Les chapitres numérotés 1, 2, 3 etc. se déroulent dans le temps présent et dans l'ordre chronologique. Les chapitres marqués par des chiffres romains V, IV, III, II... (dans l'ordre décroissant donc) s'intercalent entre les chapitres traditionnels et narrent les souvenirs de Cheradenine Zakalwe d'avant le chapitre 1, du plus récent jusqu'au plus ancien. Jusqu'à l'évènement traumatique fondateur. Vertigineux. 

On peut ainsi lire ce livre du début à la fin (et c'est le kif assuré) mais aussi en lisant uniquement les chapitres romains en partant de la fin du livre pour enquiller ensuite les chapitres 1, 2, 3 et ainsi de suite. Vous avez l'histoire dans sa pure chronologie. 

Je ne sais si je me fais bien comprendre. En tout cas ce livre est magistral, l'un des sommets de la SF, aux rebondissements haletants, aux mentaux sarcastiques (ah "Canonnière Diplomate" par exemple) et proposant une réflexion très pertinente sur la fin et les moyens et le militarisme en découlant.

Un foutu grand livre. 

Voilou les filles, juste pour vous dire que moi quand j'entends le mot Culture...

... Je sors mon marque page ! 

Roh... Ça va...