mardi 29 avril 2014

Les contes d'Anderson

Mesdamessieurs, certains réalisateurs sont touchés par la grâce. Ils enquillent les films oscillant du très bon au merveilleux. D'autres tels Max Pecas enchaînent les bousasses (EMBRAYE BIDASSE ÇA FUME*) au navrant cosmique (JE SUIS FRIGIDE...POURQUOI ?*) * sic

Mais les filles laissons là le marc amer et revenons à la crème : Wes Anderson. 

Wes Anderson illumine les salles obscures et livre des films prégnants, qui s'incrustent dans tes synapses et te laissent un sifflotement aux lèvres. 

J'ai quasiment vu tous ses films, j'ai loupé MOONRISE KINGDOM mais ce n'est qu'une question de temps...

Ce soir je voulais vous parler de 


Ce film est une merveille. La conjonction parfaite entre un casting au sommet, un scénario au zénith et une mise en scène d'une élégance... Mais d'une élégance...

Nous nous trouvons à l'orée de la deuxième saloperie mondiale, les fascistes courent les coursives, la conflagration globale est prête, elle attend. Les années 30 en somme.

À l’époque de sa splendeur, le Grand Budapest Hôtel est un palace sur lequel règne le distingué concierge M. Gustave. Au milieu de ce microcosme vibrionnant, il veille à ce que les désirs des hôtes de marque soient satisfaits avant même qu’ils les expriment. Respecté par les employés, il est également très prisé par les veuves âgées dont il s’assure la clientèle fidèle, saison après saison. 

Il est le seul à s'intéresser à Madame D., ses héritiers préférant l'imaginer morte. Ce qui arrive un jour, mais le testament ne donne pas tout aux héritiers : la vieille dame a légué à M. Gustave un tableau de la Renaissance (Le « garçon à la pomme ») d'une inestimable valeur, qui disparaît aussitôt.

Pendant l'entre-deux-guerres, M. Gustave et son jeune protégé Zéro se retrouvent impliqués dans une bataille avec les héritiers qui veulent remettre la main sur le tableau, usant de méthodes violentes et crapuleuses...

M. Gustave est joué par Ralph Fiennes. Quelqu'un a-t'il déjà vu Ralph Fiennes jouer mal ? Juste être moyen ? Moi non et ce n'est pas dans ce film qu'il commence. Il est magnifique. 

M. Gustave et son jeune allié Zéro
M. Gustave est onctueux, distingué, précieux, maniant une langue ciselée. D'une politesse exquise et d'un courage indéniable. Un personnage au potentiel cinématographique certain. 

Le casting est terrible, qu'on en juge : Jeff Goldblum, Matthieu Almaric, Léa Seydoux, Harvey Kettel, Jude Law, Fred Murray Abraham, Tilda Swinton, Bill Murray 'videmment, Owen wilson etc. 

On dirait LA TOUR INFERNAL. Vous savez ces films catastrophes des années 70 où les stars venaient cachetonner. Ou bien Hercule Poirot et sa ribambelle de vedettes suspectées par notre Belge rondouillard. J'ai toujours trouvé que cela avait un côté artificiel, un clin d’œil appuyé, un peu lourd... Rien de tel chez Wes, les visages inconnus se succèdent, parfois pour à peine plus d'une scène, mais ils viennent en ami. 

Une mention spéciale à Willem Dafoe : 


Dans le rôle de l'homme de main totalement sociopathe. Monstrueusement hilarant. La scène du chat avec Jeff Goldblum est un grand moment.

Sans omettre Adrien Brody, l'héritier spolié


Légèrement grotesque. Ridiculement drôle.

Mais GRAND BUDAPEST HOTEL est certes bourré d'humour mais il est aussi annonciateur des ténèbres à venir, c'est un film sur le monde d'hier qui laisse la place à celui qui vient et on ne gagne pas au change. 

Bref ce film est une pépite, rien à jeter, pas un poil de graisse. Le meilleur film de Wes. Et l'un des tous meilleurs de l'année sans aucun doute. Courrez, foncez, vous ne le regretterez pas. 

Je ne pouvais pas finir ce post sans mentionner LA VIE AQUATIQUE, Bill Murray en simili Cousteau, sa traque obsessionnelle d'un requin assassin, les reprises de Bowie en portugais. Génial.

Pas vrai Bill ? 

lundi 28 avril 2014

Vampire, vous avez lu Vampire ?

Mesdamessieurs, aujourd'hui les vampires. Ben c'est vrai quoi, les zombis c'est bien gentil mais ça manque un brin de conversation... 

Donc dans le genre mort qui marche, nous avons ces affreux suceurs de sang et là plusieurs écoles. 

les vieux de la vieilles : 


Bela Lugosi : Costume trois pièces et gomina
Christopher Lee : garanti sans plombage
Le bon vieux temps de la Hammer. genre brume au loin, serviteur bossu prénommé Igooooor et orage qui éclate au moment approprié. Toute une époque... Certes, ça a franchement vieilli mais à tout prendre c'est quand même mieux que

Les neuneus bien élevés : 


Phoootoshop quand tu nous tiens....
Nul. C'est facile je sais bien. Mais c'est nul. Des acteurs dégageant le magnétisme d'un sandwich SNCF oublié au soleil. Une bonne grosse louche de puritanisme bon teint ?? Chez les vampires ?? Bref de la bouse. La facilité n'empêche pas la vérité...

Les aminches, je crois qu'on oublie l'essentiel. Les vampires sont des monstres, assoiffés de sang. Fini le romantisme gothique à la mord moi le gnou...

Le réalisme cru : 




Une expédition scientifique part en cougnette cosmique. Les explorateurs tombent sur des créatures mi homme mi chauve mi souris. 

Et là l’armée se dit "tient si on en faisait des super soldats". Pas le genre collant bleu moule paquet et bouclier étoilé nan... Genre grosse saloperie bien répugnante mais NOTRE saloperie. Fera des taches chez les autres.
'Videmment ça dérape, franchement. L'humanité se prend un sacré coup dans la chetron. 

Une mince espérance subsiste néanmoins... Elle s'appelle Amy...


Bon là finito le smoking qui claque et son noeud pap, oublié le jean cintré et le cheveu au vent. Les vampires ou virul ne sont qu'erreurs de la nature, fonds d'éprouvettes hors de contrôles : d'immenses chauves-souris humanoïdes bien dégueulasses.

On est très loin de la bit-littérature comme l'on dit. Justin Cronin nous livre un formidable roman pré et post apocalyptique sans omettre l'apocalypse proprement dite. Quel conteur ce Justin, il prend son temps. LE PASSAGE est un bon gros pavé, les personnages, par petites touches sont complexes, bien dessinés et attachants. 

Il met la tension quand il faut et nous montre un univers qui s'effondre et notre humanité qui part en sucette. LE PASSAGE est un roman apocalyptique genre LA ROUTE et s'il n'atteint pas l'incandescence du roman de Cormac McCarthy (extraordinaire !), il a l'avantage de nous montrer comment on en est arrivé là... LE PASSAGE est un 'tin de bon bouquin ! Près de 1000 pages qui en semblent 200 à peine (l'exact inverse d'un opus de Marc Lévy quand on y pense). Bel exploit. 

LE PASSAGE, on dirait du King tendance LE FLÉAU mélangé à Simmons et son ÉCHIQUIER DU MAL

Justin a prévu une trilogie, un volume de la taille d'un annuaire d'une ville moyenne à chaque fois. Et dans ce genre d'exercice, je crains chaque fois la déception. Que nenni les aminches, Cronin réussit brillamment la passe de deux.


Or donc, nous retrouvons Amy et ses compagnons combattre les Douze. Douze condamnés à mort, recrutés par l'US Army et transformés en Viruls. 

ce second opus se révèle plus politique. Les Viruls ont compris qu'il fallait conserver un cheptel pour pouvoir se sustenter. Il faut bien s'organiser...

Justin Cronin élargit sa palette de personnages et alterne les moments de pure tension et les intimes instants qui se nouent entre les protagonistes. 

Bon les filles, j'insiste sur la qualité littéraire de ces deux tomes. C'est bien écrit, très bien écrit même, sans effet de manches. La psychologie des personnages est affinée et nous donne à voir leur évolution.

Et quel rythme ! Quel sens du rebondissement qui s'insère et qui s'explique, jamais gratuit. 

Juste un 'ti bémol. Enfin une crainte plus exactement. Tout cela baigne dans une ambiance de rédemption, de chrétienté light, on n'est pas chez les Amish sept à la maison mais c'est en arrière fond. Ce n'est point gênant si cette tentation du sous texte catho libéral ne vire pas au gloubiboulga sulpicien.


Mais faisons confiance à Justin !


P'tête pas ce Justin là...

mardi 22 avril 2014

Dans un état proche de l'Ohio

... J'ai le moral à zéro.


Bonjour les filles. Bon vous commencez à me connaître un peu maintenant. Vous subodorez que mon antiaméricanisme bas de plafond est un peu trop primaire pour être totalement sincère. Difficile de se gausser d'un état d'esprit censément étazunien quand on se régale de séries américaines, de films américains, de musique américaine et de littérature du même pays.

C'est vrai que c'est pas toujours propre la politique américaine, ça déborde et tache le lino... Par exemple, la garde nationale qui a ouvert le feu à 67 reprises en 13 secondes sur des étudiants manifestant pacifiquement contre l'extension de la guerre du Vietnam au Cambodge voisin. Kent State University,  le 4 mai 1970,  quatre tués, et neuf blessés (dont un paralysé à vie). 

Dans la foulée : 


Nous on a HEXAGONE. Et combien de films brûlots sur la guerre d'Algérie comparés au films dossiers et à charge sur le Vietnam (toutes qualités intrinsèques mises à part)

La Kent State University se situe dans l'état de l'Ohio. Patrie des Amish, des grands champs désolés : 


Et du poids de la religion et des ses prêcheurs itinérants, montés sur ressort et passablement excités...

C'est en Ohio que Donald Ray Pollock...

Bonjour Monsieur.
... A situé l'action de son formidable roman 


De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s'entrechoquent : un rescapé de l'enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi…

Ce roman est monstrueux. Cette fatalité poisseuse qui accompagne les protagonistes, qui ne les lâche pas se lie à la notre qui nous pousse à tourner les pages avidement. 

Ce récit ramassé et tendu, diaboliquement orchestré, va inexorablement lancer les personnages les uns vers les autres. Un pasteur obsédé par les adolescentes, un fils grandi trop vite et dur comme l'adamantium, un shérif sans morale... La collision va faire mal. 

Le roman nous est vendu comme policier. Pourquoi pas ? De l’inéluctabilité de l'étiquetage... C'est avant tout une oeuvre au noir. A la Soulages. Une infinie variété de noir. Nan ce n'est pas "Noir c'est noir", c'est bien plus que ça. 

Et le style les aminches. Quelle merveille. Sans effet, sans clin d’œil, sans "tin qu'est ce que j'écris bien quand même rahh lovely !!!". Efficace, désossé mais charnu voire charnel. L'écriture de Pollock permet d'incarner puissamment les héros et d'illustrer l'adage "peu importent les cartes tirées si le jeu est truqué à l'origine".

Tentez Mesdamessieurs cette oeuvre décapante non dénuée d'empathie. C'est là l'autre tour de force de Pollock, il ne juge pas, il nous fait même éprouver de la compassion pour ses personnages, même les plus impardonnables.

Ça claque les filles ! Ça claque vraiment !!

jeudi 17 avril 2014

En attendant GOT...

... Oh ('tin c'est de la vanne de compet', la Rolls-Royce du calembours, du Ruquier en platine), nous avons quand même quelques séries qui méritent que l'on s'y attarde. 

C'est toujours pareil les aminches, entre la fin de WD et le retour de Tyrion and friends, on a, comment dire, un creux... Bon ce creux c'est moi qui l'imagine, entre Hannibal et House of Cards, on n'a pas le temps de s'ennuyer... mais s'il l'on regardait un gentil hein pour une fois. 


Nous sommes en 1770 et quelques pelletées les filles. Ça chie dans le ventilo force 12 aux colonies du nouveau monde, les Amérique n'en peuvent plus des tuniques rouges de ce bon roi Georges III (me semble, je ne suis plus sûr du numéro) et se rebellent. Mais pour le moment les insurgés se prennent branlée sur raclée. C'est pendant cette période troublée qu'Abraham jeune fermier va être recruté (un peu contre son gré mais point trop)  en tant qu'espion pour le compte du tout récent congrès de Washington, contre ces perfides Albion.. Pas simple. Sans compter que son propre père est un loyaliste pur et dur...

Ah les séries en costume Mesdamessieurs, les perruques poudrées et les envolées lyriques. Sérieux, ils parlaient vraiment comme cela à l'époque. TURN ne fait pas exception à la règle, le parloiyage est un brin littéraire. En outre les méchants sont soit vraiment méchants, très très méchants ou un poil ridicules. Ainsi le major commandant la région, fan de Liiiiiitéraaaature, la vraie ! Proclamant une citation toutes les 4 minutes. Le temps qu'il finisse les quatrains et sonnet, on ne se souvient plus du début, c'est Shakespeare parade au Connecticut. 

Sinon, c'est pas mal du tout TURN, c'est une honnête série d'espionnage, tendance John Le Carré en calèche. On est loin de James Bond, on se serait plus proche de l'Espion venait de la ferme d'à côté. Si les choses tournent bien, TURN va murir doucement et nous montrer que les salauds foisonnent des deux côtés et que non les n'Anglais ne sont pas tous des brutes sadiques avinées ou sociopathes mais aussi des hommes de leur temps.

Abraham, notre apprenti espion est joué par Billy. 


Bon l'a grandi le gamin 

Ah il reste quelque chose quand même...
Ça fait toujours plaisir quand un gamin doué grandit bien. L'est plutôt bon Jamie Bell et son interprétation de ce jeune fermier enrôlé dans la guerre d'indépendance mais côté sombre et secret sonne vraiment juste. 

Après faut voir ce que cela donne mais TURN mérite sa chance. Pour le moins. En outre, c'est diffusé par AMC. AMC les filles. M'enfin... MAD MEN... BREAKING BAD (ha ben quand même...)

Bon c'est bien gentil les gentils mais on aime quand même les ambigus et les salauds, on ne se refait pas. 

Ray Donovan est ce que l'on pourrait appeler un facilitateur. Il facilite la vie à plein de gens à Hollywood, s'ils sont riches et célèbres. Il les sort des emmerdes. Et ce n'est pas toujours propre, souvent limite mais efficace. Car Ray est le meilleur dans ce qu'il fait. Tout va bien donc jusqu'à ce que son père sorte de prison. 

Ray va tout faire pour l'y renvoyer. C'était déjà lui qui avait mis son père derrière les barreaux. C'est animé les repas de famille chez les Donovan.


Ah la famille. Quel ressort magistral pour un scénariste en quête de trauma bien profond... Et chez les Donovan, on est servi niveau trauma. Ray est l'aîné de la fratrie, deux autres frères dont l'un a été abusé sexuellement par un prêtre et l'autre atteint de Parkinson à force de se prendre des pains dans la tronche pendant sa carrière de boxeur. 

En plus y'a papounet. Joué par le magistral Jon Voigt.


Je ne sais les aminches si vous avez vu ce merveilleux film ANACONDA, non pas le film underground tourné dans un garage avec une fille droguée et un gars au pénis démesuré. Nan... La bouse avec Jennifer Lopez. M'enfin ANACONDA


A y est ! Ça vous revient ! Comment ça non ? Bon bref, dans ce film Jon Voigt jouait déjà un sale type, poisseux, cruel... Il le faisait bien, à tel point qu'on se demandait s'il forçait vraiment sa nature. Et bien rebelotte et dix de der dans RAY DONOVAN. Il nous refait le coup du salaud, mais cette fois avec un brin de bonhomie et de sympathitude. Il est vraiment excellent. 

Dans le rôle titre nous avons Dent de Sabre, le frère pas cool de Wolverine 


Bon s'est limé les dents et rasé les favoris le garçon. 

Ouaip et en plus je suis mieux habillé...
Liev Schrieber, grand, élégant et classe. Il fait un sale boulot Liev mais il le fait avec style. Il renvoie magistralement la balle à son géniteur et on veut bien voir où cet affrontement va les mener. Rien de bon je parie. 

Le casting est vraiment intéressant dans RAY DONOVAN. la femme de Ray est ainsi incarnée par l'impeccable Paula Malcomson, appréciée dans DEADWOOD (raaaah DEADWOOD, soupir extatique montant aux cieux...). Elle ne comprend pas la haine qu'éprouve son mari à l'endroit de son papa. Nous non plus mais on se doute bien que la baleine sous le gravier doit être bien répugnante.



Alors c'est sûr pour l'instant RAY DONOVAN est sur un rythme plutôt, non pas lent, ni même nonchalant mais plutôt un rythme sourd voilà. Une tension sourde, le fils va-t'il finir par tuer le père. On en doute, l'est plutôt du genre coriace la carcasse. 

Deux bonnes séries donc. 

- Je bois à ça. Aux "bonnes" séries.
- Arrête de frimer Tyrion !

vendredi 11 avril 2014

Blast dans ta face

Bon les aminches, j'avais prévu un long post à propos de Neil Gaiman mais la vie nous réserve parfois des claques inattendues qui bouleversent un emploi du temps, si peu charpenté soit-il. 

Polza Mancini est en garde à vue. Il y est pour quelque chose qu'il a fait à Carole. 

Les deux policiers responsables de son arrestation l'auditionnent et Polza va raconter son histoire. 

Depuis le début. La mort de son père et sa première expérience du Blast. Ce qui le conduit à fuir la compagnie des hommes, à se dévêtir des oripeaux de civilisation qui l'encombrent. 

Il veut goûter de nouveau au Blast. 

Qu'est ce que le Blast ? 

"Un mot anglais difficilement traduisible... Ça correspond à l'effet de souffle, l'onde de choc d'une explosion... Une explosion c'est une onde de surpression... Si elle se propage plus vite que le son et qu'elle entre dans votre corps, elle provoque des dégâts internes considérables... Vous vous retrouvez alors avec cette surpression d'un côté et la pression atmosphérique de l'autre... Suspendu pendant une fraction de seconde, détruit de l'intérieur avant même que la chaleur et les débris ne vous atteignent... Le Blast c'est cet instant là."

Ce n'est pas moi qui le dit c'est Polza. Polza est un monstre. Tout d'abord il est énorme, comme il le dit lui même il pèse deux hommes. Il ne mange pas, il bâfre. Il s'empiffre de barres chocolatées. Il mange sans avoir faim. Et il boit aussi. Il boit pour oublier ce qu'il est. Mais Polza connaît le BLAST. Cette expérience mystique qui l'élève, le rend plus léger que le vide lui même. Bon on pourrait aussi penser que Polza est carrément et méchamment taré. On pourrait le penser et d'ailleurs qu'est-il arrivé à Carole et comment l'a-t'il rencontrée...

Vous savez les filles que je lis beaucoup, et depuis ce début d'année j'ai enquillé de nombreux livres et plus de BD que d'habitude. Mais rien ne m'avait autant remué que ces 4 tomes noirs obscurs. BLAST de Manu Larcenet est une oeuvre magistrale. Un chef d'oeuvre.

Tout d'abord, ce n'est pas un livre mystique, sur le "grand tout qui englobe le reste". Nan. C'est avant tout une oeuvre sur la marginalité, la vraie. Sur la folie. Sur la nature. 


Je suis fasciné par ces personnages qui choisissent une ligne de fuite et la suivent. Ceux qui retournent à la Nature, si belle... Tu parles... la Nature rappelle vite qui est la patronne. BLAST ne nous épargne rien des difficultés à vivre en forêt. Polza Mancini s'installe du reste à l'orée de petites villes en été et survit grâce à ses comptes vidés. L'hiver, il squatte les maisons isolées, rapine et vandalise. Il profite aussi de rencontres dangereuses mais salutaires temporairement. 

Les dangers de cette (sur)vie en marge n'est jamais occultée. Manu Larcenet n'idéalise pas les punks à chien, les SDF. Il ne les juge pas non plus. Il montre juste le chemin de Polza, sans s'en écarter. Il montre la violence crue, un monde sans loi fait que chacun suit la sienne sans tenir compte de celle des autres... Peu à peu l'on s'affranchit de toute éthique, de toute moralité. Polza en tout cas suit ce sentier.

Pour ce faire, Polza évite ses congénères. Il veut abolir tout contact humain, toute idée d'une quelconque socialisation, si sommaire soit-elle. Comme vous le lisiez plus haut,  la conséquence en est que les normes sociétales lui chaut autant que moi le dernier disque de Richard Clayderman. Il ne reconnait plus les lois ordinaires et ça en fait un homme dangereux. 


Et puis...

Polza est sujet à des visions, des trips, des hallucinations psychotiques disent les docteurs. Polza n'est pas d'accord, ces visions sont réelles et le BLAST en est l'ultime achèvement... Polza voit ainsi des couleurs et les statues de l'île de Pâques. Des Rapa Nui. En outre, il s'extraie de sa monstrueuse carcasse. 


Tout est bon pour revivre le Blast. Le multiplier. 

Mais le meilleur dans BLAST, c'est l'addictive tentation de tourner les pages que cela provoque. Je lis moins de BD que de livres et j'ai pour principe de les faire durer, de tenir le plaisir plus longtemps. Là je n'ai pas pu, j'ai dévoré BLAST tout comme Polza ses friandises. Moins d'un après midi. Et pourtant c'est copieux. Je m'en suis mis partout. Bâfreux.

Le fond est passionnant et vertigineux, la forme se hisse et le transcende. 

Je n'ai pas de préférence quand au coup de crayon. Je ne suis pas adepte de la ligne claire ni réfractaire. Je ne suis pas partisan du style scalpelisé de certains comics (pas tous) et je n'ai rien contre. Non le principal c'est que le dessin serve le propos et inversement.

Manu Larcenet déploie au long de ces quatre tomes un talent éblouissant. A un dessin minimaliste, épuré jusqu'à l'os dans un noir et blanc somptueux (émaillé ça et là de quelques planches colorisées, les fameux Blast la plupart du temps)...


... Il oppose une langue châtiée, travaillée. Polza se révèle un merveilleux conteur, aux sentences ciselées. C'est un bonheur de paradoxe d'observer et d'écouter cet ogre intelligent, vif, philosophe et tant d'autres choses encore que je ne dévoilerai point ici pour ne rien déflorer. 

Ce serait criminel. 

Pour le moins.

mercredi 9 avril 2014

Tom Sawyer n'est pas en Amérique

L'est en Afrique les filles.

L'histoire se passe dans l'archipel de Lamu, au large du Kenya. Günter est un marin hollandais qui n'hésite pas à jouer les trafiquants si les commandes légales ne suffisent pas. Naim, un gamin d'une dizaine d'années, orphelin, habite chez sa tante. Il refuse d'aller à l'école coranique (il est peu enclin à la discipline), et fait souvent l'école buissonnière. Il vit de petites magouilles (plutôt que d'éplucher des crevettes pour « l'Indien »). À quelques encablures de là, dans la brousse de Kililana, au coeur de la mangrove, Ali, un vieillard solitaire, survit de la pêche et de la cueillette, coupé du monde. À côté de sa cabane, un arbre a poussé. Avec le temps, celui-ci est devenu un impressionnant autel couvert d'objets divers, de tissus, de carcasses animales. Mais le lieu est convoité par des promoteurs immobiliers français qui rêvent d'en faire un complexe touristique. Les destins de ses personnages vont se croiser pour un grand récit d'aventure.

Très beau boulot que ce diptyque qui nous épargne la vision d'une Afrique apocalyptique. On pressent que l'auteur connaît singulièrement ce coin du globe. Ainsi les facéties de Naim côtoient les préjugés (pour rester poli) des investisseurs blancs, les éructations alcoolisés de Günter le capitaine revenu de tout (et lui l'est bien allé quelque part pour pouvoir en revenir) à l'encontre des expatriés arrogants, des milices islamistes le rendent férocement sympathique. 

Les dessins sont beaux, frôlent l'aquarelle 


et illustrent le propos... 
Joli travail...


Mais oui c'est toi le vrai Tom

vendredi 4 avril 2014

Zombi mou ?

Bon les gars, on se voit la prochaine fois pour un barbecue ?
Coucou les aminches. La saison 4 des morts qui marchent est finite. Bon... Alors ? Ça valait le coup ? Et bien comment dire... Mitigé je suis. 


Ce post est garanti sans gluten mais avec des vrais morceaux de spoilers dedans, genre qui craquent sous la dents.

J't'avais prévenu mon grand !

Bien... A la fin de la saison 3, nos survivants étaient bien peinards dans leur prison et le gouverneur, du sang jusqu'aux coudes, on ne sait où. Cette saison 4 est divisée en deux parties. La première va mettre nos potos face à une épidémie de grippe mortelle et au retour du gouverneur. Pas mal mais rien de bien nouveau. Je n'ai jamais (totalement) adhéré à ce Gouverneur. Enfin plus exactement l'acteur n'insufflait pas assez la terreur et la folie furieuse du personnage. 


Exit le gouverneur. La force du karma.
L'épisode de mi saison contient son lot habituel de cliffhanger, de violence et de tripes répandues.

Les scénaristes tentent ensuite un pari audacieux, faire éclater la communauté, tout le monde s'égaillant de son côté. Et ce pari est à moitié tenu.

Ce qui me gêne le plus dans WD, ce n'est pas tant la baisse de rythme et les faux plats qui agrémentent la survie de nos compères. C'est inévitable et cela offre des pauses bienvenues. Mais il n'y a plus de surprises. On s'est habitué. La saison 2 avec ses long travelling sur la ferme de Herschell si bucolique, Shane passant sa main sur sa tête rasée toutes les 2 secondes, c'en est pas ça de la baisse de tension, hum..? Mais on était surpris. 

Plus maintenant et cette saison 4 correspond à un schéma que l'on connait trop bien, nos compagnons vont d'un lieu à l'autre sans se faire dévorer si possible. C'est bien simple, les zombis font partis du paysage, en rencontrer c'est comme croiser un passant.  

Ça ronronne. 

De plus l'introspection ne vaut pas pipelette, les états d'âme des uns et des autres on s'en tapote le pipeau force 8. 

Alors, alors...

Mais, le fameux mais. 

Mais l'épisode 14, les filles. Putain d'épisode 14. 

Un sommet. L'un des épisodes les plus intenses de WD depuis sa création. Nous font le coup à chaque fois, souvenez de la fille de Carole qui émerge de la grange zombifiée jusqu'au trognon. Mais là on passe au niveau supérieur. Cet épisode rachète cette saison, brillant, tripant et briseur forcené de tabou.



Peut-on montrer le meurtre d'un enfant par un autre ? Cet épisode nous épargne cette vision mais rien du reste, des conséquences inévitables et des traumas que Carole, déjà bien chargée, va accumuler. 

Bien sûr nos compadre(tte)s vont in fine se réunir. On est content pour Glenn et Maggie. Vraiment. Je les aime bien. Tout le monde va se retrouver au Terminus. Et on se doute bien qu'il y a une baleine sous le gravier. 

L'épisode final, s'il n'atteint pas l'acmé de l'épisode 14, l'est quand même méchamment branché sur secteur. Le début surtout, explosion de perversité et de bestialité qui nous laisse pantelant. Cet épisode se concentre sur Rick et son évolution, oublié le fermier philosophe. En ce monde, il faut être prêt à tout pour survivre et protéger les siens : 


Too much ? Ça passe, ça marche, voilà toute la force de WD, le monde est tellement campé et défini que ce genre de scène grand guignol s'insère parfaitement. 

Finalement, m'ont encore eu... Bon ben à l'année prochaine...

Une résolution normale

"Jean-Marc !!
- C'est Manuel maintenant M. le président.
- Ah oui, c'est vrai. Bon j'ai pris une décision, une grande résolution.
- Laquelle ? M. le président.
- Je vais changer de modèle, fini Oui Oui au pays de Gandhi. 
- C'est une bonne idée ça ! Alors quelle sera votre nouvelle source d'inspiration ? Hoover ? Elliot Ness ? L'inspecteur Harry ?
- Nan Franck Underwood. J' vais faire comme lui, TOUS LES NI...VELER CES FILS DE... LEUR MAMAN. COPE, FILLON ET TOUS CES SALES EN...QUIQUINEURS. ARGH ARGH !!!!!

- 'Tin on l'a perdu,  Ségo vite les électrochocs ! 
- Peux pas Manuelito, on les a filé à l'équipe de tournage de SECTION DE RECHERCHES.
- Merdum, trahi par les forces de l'ordre..."

Bien le bonjour Mesdamessieurs. Oui je pense que Franck Underwood doit faire des envieux dans notre classe politique. Qui est Franck Underwood ? Le principal protagoniste de 

Franck underwood est le chef de la majorité démocrate  au Capitole. Le président fraîchement élu lui a promis le poste de secrétaire d'état à la politique étrangère. 

Mais le président change d'avis. L'est fumasse Franck et comme Franck est un sociopathe en costume trois pièces, l'est plutôt du genre colère froide et élimination systématique et implacable de ceux qui lui bloquent la route du pouvoir suprême. 

Franck peut compter sur sa femme Claire qui ferait passer Lady Macbeth pour une dame patronnesse en fin de vie. 

Va y avoir du sang sur les cravates en soie.

House of Cards est le remake d'une mini série anglaise de 1990.

Série de très bonne facture mais qui date un peu. Netflix a décidé de rajeunir tout ça et de transporter le tout au Staaaaaaaaates. C'est une bonne initiative. En effet, nous baignons dans un monde américanisé, le soft power américain nous tient par les baloches. Sans avoir mis les pieds au Capitole, sans connaître les arcanes de Washington et ses longs couloirs marbrés, nous sommes quand même en territoire familier.

L'investiture du président, main sur la bible, l'autre sur le coeur, tractations en coulisses  et compromission (ou non) des médias ne nous dépaysent pas trop. Et si le débat est parfois un peu technique, l'élégance de la réalisation et de l'écriture nous fixent sur le canap'

L'autre bonne idée est d'avoir confié les premiers épisodes à David Fincher le réal de SEVEN (entre autres hein, ZODIAC, MILLENIUM, THE SOCIAL NETWORK etc.). Et c'est un virtuose Fincher, il élève le pilote à une qualité de réalisation réellement somptueuse. 

L'autre atout, c'est le casting me direz vous ? Et bien...


Y'a du lourd. Kevin Spacey 'tin ! on s'en pourlèche les babines et... Comment dire... On est un brin déçu. Attention l'est bon et juste Spacey (c'est Kevin quand même, faut pas déconner). mais on s'attendait à des étincelles et ce n'est pas du niveau de Matthew dans TRUE DETECTIVE ou Mads dans HANNIBAL. 
En outre, HOC réinvente l'aparté, Kevin fixe la caméra et s'adresse directement à nous, procédé astucieux et savoureux si l'on en abuse pas. La saison 1 en fait un peu trop mais le tir est rectifié dans la saison 2 où ces petites parenthèses sont plus pertinentes et claquent d'autant plus dans ta face. Enfin Spacey semble plus à l'aise, plus en phase et ses regards matois à la caméra, ses yeux au ciel, sont assez piquants.

Robin Wrigth, elle, est belle, vraiment magnifique mais glaciale. La banquise c'est "vamos à la playa" à côté. Du coup on a un peu de mal à se sentir concerné. La saison 2, pour ce que j'en ai vu pour l'instant, lui laisse plus de place et accentue son côté manipulateur. On doute de chacune de ces paroles et ces moments de sincérité, de doute, semblent calculés et rentrer dans un grand plan d'ensemble. 

Moi mon chouchou, c'est Peter Russo, incarné par l'impeccable Corey Stoll (que l'on verra bientôt en premier rôle dans la série de Guillermo Del toro tiré de sa trilogie romancée LA LIGNÉE). Peter Russo, avec ses démons, ses failles et ses convictions aussi. Un peu d'humanité dans ce monde de ténèbres.

L'un dans l'autre (et inversement) HOC est une excellente série politique désespérée (certains diront lucide). Tout est une question de perspective. Ce qui nous semble ici vulgaire négoce de marchands de paillassons, se métamorphose, par la magie de la mise en scène, de la fascination qu'exerce le cœur du pouvoir américain sur les nôtres, en une leçon de tactique politique, Clausewitz et Sun Tzu en action...

Oui Franck Underwood doit faire des jaloux chez nous au paysdesdroitdelhomme.


Je confirme Frank c'est un gars comme ça !
Un poil inquiétant non ?

Mais je sais bien pourquoi notre président voudrait être comme lui : 


Chaudard va !